classique

Le quatuor à cordes, une école de vie

A l’académie Seiji Ozawa de Rolle, l’idée est d’expérimenter sans avoir peur de faire des fautes

Le quatuor à cordes, une école de vie

Si les académies n’ont jamais été plus à la mode, en particulier dans les festivals, celle de Seiji Ozawa à Rolle repose sur un enseignement unique en son genre. «Seiji dit que le quatuor à cordes est au centre du jeu orchestral, explique Pamela Frank, violoniste et professeur de l’académie. Si le jeu orchestral pouvait être plus proche de celui d’un quatuor à cordes, ce serait un atout pour la musicalité de tous.»

Pendant une dizaine de jours, les étudiants sont donc amenés à jouer en petits groupes et à se frotter à l’art du quatuor à cordes. Les quatuors (ou quintettes) se forment par affinités, sous la super­vision des professeurs et étudiants «seniors». «Ce que j’aime à propos des professeurs ici, explique la jeune violoniste polonaise Agata Szymczewska, c’est qu’ils viennent d’horizons très différents. Souvent, leurs opinions sont opposées: ­Sadao Harada nous dira qu’il faut jouer tel motif long, Pamela Frank nous dira qu’il faut le jouer court. Rien n’est fixé de manière définitive. Ça nous incite à expérimenter, à oser faire des fautes, à avoir le courage de revoir nos opinions.»

Un compromis enrichissant

«Nous sommes tous dans le même bateau», dit Pamela Frank, insistant sur le côté «laboratoire» de l’académie. Les professeurs eux-mêmes apprennent au contact des élèves – ce qui ne les empêche pas de donner des instructions très ­précises pendant les cours. Une leçon d’humilité, donc, en particulier pour les musiciens qui mènent déjà une activité de soliste. «C’est tellement plus simple de jouer le ­Concerto pour violon de Brahms en solo, d’avoir une jolie robe et toutes les belles notes pour soi, poursuit Agata Szymczewska. Ici, vous devez travailler beaucoup plus dur pour forger un son à quatre ou cinq, parvenir à trouver votre place dans un groupe sans prendre le dessus ou, au contraire, se taire et perdre sa voix individuelle.»

Alexandra Soumm, violoniste qui a été formée pour être soliste, apprécie d’être confrontée à d’autres musiciens. Elle est arrivée à l’académie il y a dix ans, à l’âge de 15 ans: «J’ai grandi avec l’école russe. Je n’avais jamais fait d’orchestre. J’avais besoin d’un chemin dif­férent où, pendant dix jours, je ne pensais pas à moi, où je me mettais à l’écoute des autres.» Elle souligne combien «le quatuor n’est que du compromis tout le temps».

Son admiration pour Seiji Ozawa est sans limites: «Il est bon, il est gentil. Très souvent, il nous demande ce qu’on en pense pour un point d’interprétation.» Une façon de remettre la responsabilité entre les mains des musiciens.

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