C’est toujours un bonheur de retrouver le Quatuor Ebène. Ces jeunes musiciens français parviennent à forger une identité sonore distincte à une époque où beaucoup d’ensembles se ressemblent. Il y a une élégance, une transparence des textures, aussi beaucoup d’ardeur dans leur jeu, qu’ils abordent des grands classiques comme les quatuors de Beethoven ou des standards de la pop et du jazz arrangés par eux-mêmes. Du reste, on sent que cette ouverture à différents genres musicaux leur confère une certaine liberté de ton.

Face à un public très attentif, quoique un peu clairsemé, ils ont joué vendredi dernier au Conservatoire de Genève à l’occasion d’un concert caritatif. Fondée en 2005 à Genève, l’ONG Graines de Paix développe des solutions éducatives pour les enseignants et les élèves. La présidente Delia Mamon a d’abord pris la parole pour présenter les activités de cette ONG. Le violoniste, chef et pédagogue hongrois Gábor Takács-Nagy a aussi parlé pour évoquer son admiration pour le Quatuor Ebène qu’il a découvert en 2003, au Concours de Bordeaux, et qu’il a formé pendant deux ans, entre 2004 et 2006, au Conservatoire de Genève.

Nuances millimétrées

Puis, les musiciens sont entrés en scène pour jouer le Quatuor Opus 18 No 6 de Beethoven surnommé La Malanconia («la Mélancolie») en raison de son dernier mouvement. Le Quatuor Ebène aborde le premier mouvement avec une belle accentuation rythmique. Le premier violon Pierre Colombet accuse d’abord quelques écarts d’intonation; mais bien vite, il se stabilise.

L'«Adagio» dégage un cantabile serein. Le soin porté aux nuances, l’équilibre entre les archets, les sections jouées misterioso sont magnifiques. Le «Scherzo» est acéré, avec un «Trio» central plein d’humour, et le mouvement final se développe avec des modulations harmoniques audacieuses bien mises en valeur par les musiciens.

Quelques titres de l’album «Fiction»

Composé en 1893, le Quatuor en sol mineur de Debussy est une œuvre étonnamment moderne pour son temps. Le Quatuor Ebène en livre une interprétation très habitée. Le premier mouvement est fougueux et sensuel, ponctué de frémissements. L’altiste Adrien Boisseau marque le motif rythmique très profilé, sur fond de pizzicati, dans le deuxième mouvement. Le mouvement lent, si dépouillé, si émouvant, est de toute beauté; on admire cette sensibilité à fleur de peau, ces couleurs diaphanes, en contraste avec le finale qui, peu à peu, se densifie.

Très applaudis, les musiciens français ont enfin joué plusieurs arrangements tirés de leur album Fiction, dont Footprints de Wayne Shorter, Libertango de Piazzolla et Come Together des Beatles. Un complément un peu court (on aurait aimé encore un bis!), sur une note divertissante et stylée.