La question

La question du dimanche: comment vivre avec le regard des autres?

Chaque dimanche d'été, une question. Et voici la réponse de Patrick Légeron, psychiatre français spécialiste du stress en entreprise qui a fondé le cabinet Stimulus et est le coauteur de «La Peur des autres»

De toutes nos peurs, celle que nous avons de nos semblables est sans doute la plus répandue chez l’espèce humaine. Elle a une fonction extrêmement importante de cohésion sociale. Le fait d’être attentif à ce que pensent les autres nous maintient dans une certaine norme comportementale adaptée à la vie en société.

La culture du paraître qui prédomine à l’ère des réseaux sociaux met davantage de pression sur la gestion du regard des autres. On peut estimer que la moitié de la population présente, depuis une ou deux décennies, une forme d’anxiété sociale pouvant entraîner des gênes ou des handicaps dans certaines situations. Les exemples les plus fréquents concernent la prise de parole en public dans le milieu professionnel, mais aussi dans la vie de tous les jours, lors d’un mariage, d’un baptême. Elle peut étonnamment aussi se manifester au contraire dans les situations d’intimité, dans un ascenseur ou une cafétéria. Certains cadres que j’ai rencontrés n’ont aucun mal à s’adresser à une salle comble, par contre, ils se retrouvent très mal à l’aise au cocktail dînatoire qui s’ensuit.

10% de la population sévèrement touchés

Dans les formes les plus sévères de phobies sociales qui concernent environ 10% de la population, les gens sont paralysés par cette peur du jugement des autres. Dans la vie de tous les jours, certains de nos patients sont incapables de marcher devant une terrasse de restaurant ou de manger devant les autres. Ils sont obligés d’avoir des stratégies d’évitement très perturbantes et ont un risque élevé de développer une dépression, un burn-out ou de souffrir d’alcoolisme.

Pour bien vivre avec le regard des autres, il faut d’abord reconnaître que les inquiétudes liées au jugement d’autrui sont extrêmement fréquentes et empêchent de profiter pleinement de la vie. Il convient donc de les atténuer autant que possible. En cas de gênes ou d’inquiétudes sociales, je conseille aux personnes de s’interroger sur les pensées qui les traversent à ce moment-là. En essayant de faire de la restructuration cognitive, on peut développer des schémas de pensées, des discours intérieurs qui prennent beaucoup plus de distance par rapport à tout ça. On associe cela avec des prescriptions d’activités qui encouragent les gens à se confronter aux situations qui posent problème plutôt que de stagner en misant sur des stratégies d’évitement. Cela permet de les dédramatiser et de retrouver une certaine confiance en soi.


Patrick Légeron, Christophe André, «La Peur des autres», Odile Jacob.


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