Si l'infatigable directeur général Martin Engström représente la face médiatique du festival, Avi Shoshani, cofondateur et directeur artistique, agit dans l'ombre. Manager de l'Orchestre philharmonique d'Israël depuis un quart de siècle, il n'a pas son pareil pour dénicher des jeunes talents.

Le Temps: La musique classique est-elle en crise?

Avi Shoshani: Un des grands problèmes, c'est le manque de chefs d'orchestre bien formés. Jusqu'à l'immédiat après-guerre, avant de devenir chef, on était d'abord répétiteur, puis assistant. Ce système permettait d'apprendre lentement tous les aspects du métier. Les chefs avaient aussi un rôle d'organisateur à jouer. Aujourd'hui, dès qu'un jeune chef gagne un concours, il est tout de suite engagé pour des dizaines de concerts, avec un répertoire limité.

– Faut-il abolir les concours d'interprétation?

– Les concours ont développé un type de musicien capable de triompher en compétition, mais qui n'est pas forcément un artiste. Yefim Bronfman ou Hilary Hahn n'ont jamais passé de concours – ils n'auraient d'ailleurs peut-être pas gagné.

– Comment voyez-vous l'avenir?

– Je suis inquiet. L'art est de plus en plus déconnecté de la réalité. Le rituel du concert n'a pas évolué depuis cent ans. On joue toujours le même petit groupe de compositeurs, Mozart, Beethoven… Même les habits de scène n'ont pas changé. Qui s'habille encore comme ça de nos jours? Ici, nous essayons de proposer quelque chose de différent, de plus vivant, de plus imprévisible. Verbier résiste.