Toujours aussi poète, toujours aussi courtois, malgré sa réputation de provocateur. Avant Tristan et Isolde au Grand Théâtre de Genève, Olivier Py met en scène Le Vase de parfums à Lausanne. Cet opéra court, dont il a écrit le livret, est né d'une rencontre avec la compositrice française Suzanne Giraud. L'argument évoque la figure de Marie Madeleine, treizième apôtre selon les apocryphes, la première qui fut témoin de la résurrection du Christ.

Le Temps: Comment s'est passée votre collaboration avec Suzanne Giraud?

Olivier Py: Elle m'a demandé d'écrire un livret. Nous étions tombés d'accord sur le thème de Marie Madeleine. Je lui ai

envoyé un poème un peu étrange, et elle a accepté de le mettre en musique.

– Pourquoi cette fascination pour Marie Madeleine?

– J'étais intéressé par l'évangile de Marie, auquel je ne donne ni plus ni moins de vérité historique qu'aux textes canoniques. Elle apparaît comme une force théologique, non pas simplement comme un personnage secondaire et anecdotique. On y voit son amour du Christ, sexué et physique. Elle l'aime avec son corps: il en reste quelque chose dans les textes canoniques. Marie Madeleine a inspiré les artistes parce qu'elle apporte de la sensualité au fait mystique. A partir de là, il y avait de quoi rêver d'un personnage qui chante, qui a un certain lyrisme.

– Mais vous, en quoi avez-vous été interpellé par cette figure?

– Marie Madeleine, c'est moi: j'ai utilisé ce personnage pour parler de mes rapports intimes avec celui qui n'est pas là, mais qui vient; celui qui est là par son absence, que je dois apprendre à connaître et à aimer dans son absence. Cette préoccupation est au centre du livret: comment l'absence change de polarité et devient de la présence, comment la même douleur peut devenir une joie. J'en ai profité pour mettre au clair ma propre théologie.

– Comment avez-vous conçu votre mise en scène?

– Avec beaucoup de simplicité. C'est un spectacle dans lequel j'ai été très retenu. J'étais un peu fatigué de ma fausse réputation de provocateur, que j'ai toujours pensé être un malentendu. Comme il s'agit de musique contemporaine, je voulais que les musiciens soient sur scène, pour que la partition soit visible. L'écriture n'est pas mélodique au sens classique. Il s'agit plutôt d'un spectre sonore fait de lignes mélodiques qui forment comme un tissu.

– Comment comprendre le titre?

– Le Vase de parfums est l'emblème par lequel on reconnaît Marie Madeleine dans l'iconographie classique. C'est elle qui parfume les cheveux du Christ – ce qui dénote un rapport sensuel avec le corps vivant – mais en même temps, elle se sert du vase pour embaumer le corps à la mode orientale. Elle est la première à voir le tombeau vide. Elle va être le premier témoin de la résurrection du Christ. D'ailleurs, la mode des momies disparaîtra à cause du christianisme, parce que le corps et l'âme sont liés. On ne peut plus retenir le corps: le corps et l'âme sont un, il faut les laisser se retrouver dans l'éternité et dans l'Amour de Dieu.

Le Vase de parfums, à l'Opéra de Lausanne. Ve 28 janv. à 20h. Loc. 021/310 16 00.