Il y a une arme que The Cure partage avec une poignée de groupes rescapés des années 1970. Elle permet, cette arme, d’assouvir le besoin de nostalgie qu’éprouvent tous ceux qui ont croisé un jour la voix haut perchée de son chanteur. Robert Smith, seul témoin des premiers pas du groupe, porte dans ses cordes une longue épopée rock. Soit trois décennies de noirceurs, de mélodies glaciales et d’envolées pop. Deux générations y ont goûté, elles se sont croisées à Nyon.

Sur la plaine de l’Asse, l’envie de «rétrologie» s’est laissé couper au couteau mercredi soir. Dans la foule, chaque chanson génère le commentaire au passé composé. Chaque résurgence musicale réécrit les micro-histoires des milliers de fans postés sur la pente de la Grande Scène.

Le retour au passé promis par Paléo s’annonçait somptueux. Partout ailleurs, The Cure a joué la carte du best of, en traçant une longue diagonale entre sa part sombre et son lot de tubes. La formule est maintenue: «Shake Dog Shake» surgit comme une lame. D’autres («A Forest», «One Hundred Years», «The Top») suivront pour rappeler cette place cruciale qu’a occupée le groupe au moment où la vague punk s’essoufflait. Puis, une parenthèse pop très fournie. Les morceaux du succès commercial ont défilé les uns après les autres; un autre public a trouvé là son compte.

La dramaturgie frôle le sans-faute. La prestation, elle, ouvre les portes aux doutes. The Cure est desservi par une sonorisation besogneuse. Les lignes claires des mélodies ne s’affirment que lorsque Robert Smith adopte la guitare acoustique. Mais il y a surtout un déficit d’incarnation qui, à l’exception notable de Simon Gallup, trouble l’iris. The Cure a beaucoup vieilli. Il récite désormais un long passé, condamné comme d’autres au jeu de l’illusion. Le temps a filé, la nostalgie peut faire très mal.