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Les quêtes de Peter Brook

De retour à la Comédie de Genève, le seigneur doux de la scène européenne y ressuscite Tierno Bokar, sage africain. Il évoque ici sa passion pour un art ouvert sur l'inconnu, engagé au service de la tolérance.

Ce geste émerveillé, il l'a fait tant de fois. Devant nous, Peter Brook, jaquette noire sportive sur chemise lavande, indique de la main la coupole des Bouffes du Nord, son théâtre à Paris. L'artiste, 80 ans, jette des yeux très bleus vers le ciel. Derrière lui, un mur rouge piment. Devant, les balcons en demi-cercles sur trois étages, là où les élégantes rutilaient à l'époque de Napoléon III. Tout est verticalité dans cet ancien théâtre de boulevard craquelant. «Les proportions sont idéales, souffle le metteur en scène. Elles rappellent le Théâtre de la Rose, fief de Shakespeare à Londres.»

En ce début d'après-midi, les Bouffes du Nord ne sont que silence. Dans son bureau en forme de repaire – une table carrée, une bibliothèque modeste et un Bouddha – Peter Brook médite sur Tierno Bokar, ce maître soufi trahi par les siens que ses acteurs ressusciteront à la Comédie de Genève dès mardi. A l'extérieur du théâtre, des Indiens et des Africains palabrent entre épiceries et restaurants. Cela sent le curry. A quelques dizaines de mètres, le métro ébranle à ciel ouvert un pont métallique. Pas loin, la gare du Nord déroule ses réseaux de câbles. Partout, le mouvement. Peter Brook aime ce flux. Ce fils d'immigrés russes a besoin de ces frictions culturelles. Sa quête passe par les carrefours.

Quête? Oui. Peter Brook dit de ses spectacles qu'ils sont des recherches. Au début des années 1960, il épouse contre toute attente cette ligne. A moins de 40 ans, il est pourtant l'idole européenne de la mise en scène. Marilyn Monroe se cache même dans une loge pour assister à une de ses répétitions. Jusqu'alors, tout a réussi au jeune homme: à 22 ans, il est directeur artistique de Covent Garden; par la suite, il collabore avec Salvador Dalí, dîne avec Marguerite Duras (il tire de Moderato Cantabile un film avec Jeanne Moreau et Jean-Paul Belmondo), dirige les plus beaux acteurs anglais, John Gielgud, Laurence Olivier, Paul Scofield surtout.

Mais Peter Brook a horreur des routines. A quelques heures de la première d'un fameux Roi Lear avec Paul Scofield, il décide de supprimer le décor. Cette tabula rasa est un symbole. L'enfant prodige a soif d'inconnu. Il se met à voyager, en Afghanistan, en Afrique, en Inde. En 1972, il crée à Paris le Centre international de recherches théâtrales. Et installe sa famille d'acteurs composée au gré des rencontres aux Bouffes du Nord. Le théâtre est en ruine. Des clochards y dorment autour d'un feu de bois. Des oiseaux y cherchent le ciel sous les voûtes. Peter Brook est ébloui. Depuis trente ans, il y trouve les formes pour exprimer l'impalpable: Le Mahabharata en 1985, Hamlet et son spectre en 2002, entre autres. Ses créations exaltent la tolérance, cette tolérance qui est le fruit d'un combat avec soi, comme il le confie dans l'entretien exclusif qu'il nous a accordé.

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