Passer un vendredi 13 au Festival du film fantastique de Neuchâtel? «C’est étrange…», sourit Ivy Withrow. Sa mère, Hallie Todd, tempère: «Pour moi, le vendredi 13 a souvent été synonyme de bonnes nouvelles… C’est un peu mon jour de chance.» Une petite famille en cinéma. Glenn Withrow, acteur et réalisateur, sa femme l’actrice Hallie Todd et leur fille Ivy, qui débute dans la production, sont aux commandes de The Mooring, film présenté au NIFFF. Tous trois ont écrit; le père réalise, la fille coproduit et la mère joue. Drôle de clan familial… coupable d’un film d’épouvante. Les intéressés relativisent la curiosité du phénomène: Ivy dit avoir toujours voulu entrer dans ce monde du cinéma, elle a commencé la production à son école de cinéma et elle pense former, avec ses parents, «une équipe très créative». Sa mère indique que «Ivy a été exposée au cinéma de genre assez vite, comme tous les jeunes de sa génération, mais pas aux films d’horreur purs et durs». Elle ajoute que «tous les trois, durant la préparation du film, nous avons vu le film exactement de la même manière».

Le film? The Mooring offre une bonne manière de se faire quelques sueurs froides à Neuchâtel un vendredi 13. En même temps qu’il constitue un brillant hommage au genre du film de survie, le «survival».

De gré ou de force, un groupe d’adolescentes rejoignent un groupe dédié à la désintoxication… des réseaux numériques. Objectif: apprendre à se passer du téléphone portable et son accès aux communautés infinies via Facebook, Twitter et autres. Incarnée par Halle Todd, la cheftaine et psychologue promeut le retour à la découverte entre individus et aux tâches en commun. Départ pour une balade en pleine nature, en remontant une rivière, jusqu’à ce que l’équipe croise la route d’un couple qu’il aurait mieux valu éviter, et jusqu’à un enlèvement d’un membre du groupe…

Comme références, Glenn Withrow cite Délivrance, de John Boorman en 1972, ainsi que la poignée de films crus qui jalonnèrent cette décennie, à commencer par La colline a des yeux, de Wes Craven: «Les années 1970 demeurent la meilleure période du cinéma américain», juge-t-il. «Et n’oublie pas Les Chiens de paille», glisse Ivy.

A l’heure où, précisément, ces thrillers des années 1970 font l’objet de remakes à la chaîne lancés par des studios à court d’idées, la démarche du trio familial étonne. The Mooring présente comme une forme de pureté dans le retour aux sources du genre. Père, mère et fille s’appliquent ainsi à bâtir leurs personnages d’ados accros électroniques. Ils prennent le temps de construire leur exposition – et le risque de faire grimper l’impatience de certains spectateurs désireux d’en venir vite rapidement à la situation critique. La première, la fille défend ce choix: «C’est d’abord une question de réalisme, dans le sens où le public doit connaître ces ados, avoir un lien avec elles. Elles-mêmes sont engagées dans une démarche de découverte entre elles.» La mère ajoute: «Nous ne voulions pas créer de simples potiches au service du drame. De cette manière, vous entrez dans leur petit monde. Le public devient une partie d’elles et il est enlevé au même titre que l’une d’elles, lorsque cela arrive…» Passé cette lente ouverture, le film ne manque pas de crisper ses spectateurs. Glenn Withrow assume «la violence, la brutalité parfois au sens d’un cauchemar. Mais nous aimons manier le hors-champ. Notre souci était de ne pas trahir le projet.» Son épouse résume en image: «C’est un film de filles sur une rivière et à aucun moment il n’y a un t-shirt mouillé!» Ce qui, de toute évidence, confère une particularité à ce long métrage dans sa catégorie…

Parmi l’abondante offre du NIFFF en ses derniers jours, voilà de quoi frissonner un vendredi 13 à Neuchâtel. Et dans la suite de la soirée, les curieux peuvent enchaîner avec When the Lights went out, une brillante histoire de fantôme britannique. Un jour de chance, ce vendredi 13.