Genre: Lettres Antiques
Qui ? Plutarque
Titre: Propos de table
Traduit du grec par François Rosso
Chez qui ? Arléa, 188 p.

Que ce soit pour le confort de lecture ou la tranquillité du porte-monnaie, la collection Retour aux grands textes des Editions Arléa ne peut que séduire: lire Apulée ou Aulu-Gelle dans une édition consacrée qui voit le prix augmenter en proportion de l’appareil critique est un passage obligé pour le chercheur, pas pour l’amateur. Les Propos de table de Plutarque qui sont ici donnés poursuivent ainsi ce régime allégé: l’introduction du traducteur – François Rosso – pose en quelques pages un décor suffisant et les notes n’apparaissent que lorsqu’un point de l’œuvre nécessite réellement d’être éclairci.

Place donc au plaisir de lire: rappelons que ces Propos sont l’occasion pour Plutarque de mettre en scène ses souvenirs de banquets. Là, entre grands esprits du monde gréco-latin du Ier siècle après Jésus-Christ, on y dispute, on s’y dispute, et le vin aide autant à désenchevêtrer la langue que l’esprit qui la manie. Pareil pour nous, certes: à la différence près que les thèmes choisis par les convives font montre d’une curiosité portée aux principes du monde qui a tendance à déserter les apéros du XXIe siècle.

De quoi parle-t-on à la table de Plutarque? De bien des choses, en miscellanées: des qualités que doit posséder un président de banquet, des plaisanteries qui sont déplacées à table, de la place du pugilat dans les épreuves athlétiques (il est vrai que les libations d’aujourd’hui font encore parler de football…), de la nature du lierre («Est-elle froide ou chaude?»), de la raison pour laquelle «les gens simplement éméchés paraissent plus dérangés que ceux qui sont complètement ivres»… A chacune de ces questions, Plutarque, ou Tryphon, ou Ammonios, ou d’autres, répondent à leur façon, puisant dans leurs propres connaissances. Et c’est alors un festival de savoirs enfouis, un florilège d’antiques ­alternativement ravissants et profonds, ou d’axiomes préscientifiques qui font certes entrevoir la nature d’un autre œil mais qui souvent résonnent encore à notre esprit. Ainsi de cette difficile question: «Quel est le meilleur moment pour faire l’amour?» Socratos a son avis: «Epicure aura beau dire, il n’est pas vrai qu’il soit malsain pour le corps de faire l’amour après un banquet, sauf si l’on est ivre ou si gonflé de nourriture que le ventre est près d’éclater. Dans ces cas-là, j’en suis d’accord, cela peut être dangereux, voire funeste.» A un peu moins de deux millénaires de distance, la prophylaxie de Socratos n’a pas forcément perdu de sa pertinence…