Pourquoi les enfants vont-ils à l’école? Pour que les parents puissent travailler, répond un camionneur emprunté. Pour avoir une bonne vue, tente un SDF aveugle. Pour apprendre à lire, écrire et compter, détaille plus prosaïquement une libraire sorcière. Steven Matthews, spécialiste du théâtre d’ombres, n’a pas gardé un bon souvenir de ses années scolaires. «Ennui, sentiment d’enfermement et humiliations», voilà ce qui lui reste de cette période fondatrice.

Pour autant, Tu comprendras quand tu seras grand à voir encore ce mercredi au Théâtre des Marionnettes de Genève, puis à l’Usine à Gaz, à Nyon et au Théâtre Benno Besson, à Yverdon, n’est pas un brûlot contre l’institution. Jacqueline Tinguely, incarnée par ce metteur en scène remuant et barbu, est même une enseignante sympathique. Larguée, mais sympathique. Ingénieux, musical et partageur, le spectacle aborde la thématique avec inventivité et vigueur.

Du même metteur en scène: Fillettes, soyez curieuses et audacieuses!

Les enfants adorent! Agé·es de 5-6 ans, les élèves présents mardi après-midi au Théâtre des Marionnettes, à Genève, n’ont pas perdu une miette des aventures d’Isidore et Anaïs, deux écoliers qui font le mur à la fin de la récré pour suivre les tribulations d’un papillon. C’est que les techniques employées par la troupe Don’t stop me now débordent d’ingéniosité.

Silhouettes projetées en ombres chinoises dans des paysages colorés et dessinés à vue par un vidéoprojecteur, mélange de jeu à taille humaine et de marionnettes, musique jouée en direct sur scène par les trois interprètes (Mathilde Soutter et Lorin Kopp aux côtés du metteur en scène), le spectacle de Steven Matthews est un tourbillon de propositions qui fascinent et retiennent l’attention.

Issue par la cuvette des WC

L’humour aussi est un ingrédient constant. Et l’audace encore, puisque, lorsqu’ils racontent leur fugue à travers un spectacle de cirque – Isidore est un enfant de la balle –, les élèves buissonniers finissent leur périple dans l’intestin du géant et doivent passer par la case WC pour se libérer. Dans la salle, des «beurk», à la fois dégoûtés et réjouis, accueillent ce dénouement inédit.

Les qualités de cette compagnie genevoise? Insolence, maîtrise technique et vraie générosité. La proposition, qui ne cesse de varier les points de vue et les échelles, montre que la curiosité et la créativité sont les vraies mamelles d’un apprentissage réussi, plutôt que l’application scolaire et normée.

Reconnu par l’institution

Cette énergie séditieuse faisait déjà le charme de La princesse eSt le chevalier, spectacle d’ombres chinoises vu en 2018 à la Parfumerie et qui racontait l’émancipation d’une petite fille. Depuis cette réussite, Steven Matthews joue dans la cour des grands. Récemment, ce diplômé de l’Ecole Serge Martin a également fait salle comble au Théâtre Am Stram Gram avec Biais aller-retour, ambitieuse proposition sur la complexité du monde. Tant mieux si l’ingéniosité remuante est reconnue par les institutions, c’est bon signe pour la création.


Tu comprendras quand tu seras grand, ce mercredi 22 décembre, Théâtre des Marionnettes de Genève; le 19 janvier, Usine à Gaz, Nyon. Et représentations scolaires au Théâtre Benno Besson, à Yverdon.