Histoire de la pucelle

Ce qu’on sait de la Pucelle d’Orléans

Histoire d’une adolescente qui sut s’imposer auprès du roi de France

Grâce notamment aux procès – pour sa condamnation et pour sa réhabilitation – qui l’ont visée, la vie de Jeanne d’Arc est bien documentée. Elle est née vers 1412 dans une famille de paysans aisés de Domrémy, en Lorraine, ce qui la place sur les marches de ce royaume de France que des voix entendues vers ses 13 ans vont lui intimer de sauver.

Sorties d’un nuage et attribuées par elle aux saintes Catherine et Marguerite, ces voix comportent un enjeu politique évident: vraies, elles mettent Dieu du côté français. Si elles émanent du démon – comme semble l’attester le fait qu’elles se seraient manifestées près de l’«arbre aux fées» du village –, c’est que le droit est dans le camp anglais.

Car la rivalité anglo-française qui dure alors depuis près d’un siècle a un pan juridique: légitimité dynastique, validité des traités – dont celui de Troyes qui, en 1420, a fait d’Henri V Plantagenêt l’héritier de Charles VI de Valois –, autant de questions qui, si elles sont en dernier ressort tranchées par les armes, déterminent la plus ou moins grande crédibilité des protagonistes sur une scène européenne où rien n’est joué.

Le fils de Charles VI, Charles VII, est donc un outsider à la légitimité incertaine, éloigné de sa capitale occupée. L’entrée de Jeanne dans son jeu va modifier la donne et beaucoup plus que son action militaire personnelle – dont on connaît finalement assez peu le détail –, c’est cet effet psychologique qui constitue son apport décisif.

Si le roi et son entourage n’étaient sans doute pas mécontents d’exploiter cet effet – on les a même accusés de l’avoir fabriqué de toutes pièces en convaincant une paysanne un peu simplette qu’elle avait une mission –, ils semblent avoir entretenu avec Jeanne des rapports ambigus, marqués par la méfiance.

De Domrémy à Vaucouleurs, où elle obtient l’aide du commandant de la place, Robert de Baudricourt, puis à Chinon où elle rencontre Charles VII – l’adolescente sait toutefois s’imposer. Elle promet au roi de faire lever le siège d’Orléans, qui dure alors depuis sept mois, et de lui ouvrir la route de Reims pour l’y faire sacrer.

De mai à juillet 1429, rien ne semble pouvoir lui résister. Orléans libérée, l’armée française fait tomber les places fortes de Jargeau et de Patay, puis marche sur Reims, qui, après Troyes, se livre sans coup férir. Le sacre a lieu le 17 juillet. La fortune tourne à l’automne. Convaincus – difficilement – de marcher sur Paris, les Français échouent à prendre la ville. Jeanne encaisse un nouvel échec devant la Charité-sur-Loire, qu’on l’a envoyée prendre en décembre. Le 23 mai 1430, elle est capturée à Compiègne.

Entamé à la demande du parlement de Paris, favorable aux Plantagenêts, son procès est mené sous l’autorité de l’évêque de Rouen, Pierre Cauchon. Il porte sur douze chefs d’accusation, axés autour des voix, qu’on lui reproche d’avoir suivies sans en référer au jugement de l’Eglise, de mensonges et d’erreurs dans ses prédictions, de son obstination à porter l’habit masculin et de son caractère belliqueux. Soumise à un long interrogatoire, elle fait preuve d’une certaine astuce dans ses réponses – signe, dira-t-on plus tard, qu’elle est vraiment inspirée – mais finit, devant la menace du bûcher, par prononcer cette phrase: «De tous mes dits et faits qui sont contre l’Eglise, je me révoque et veux demeurer en l’union de l’Eglise.»

Considéré comme une abjuration, cet aveu ne la sauve que momentanément. Ramenée à sa prison pour y endosser des habits féminins, elle reprend son costume d’homme quatre jours plus tard, le 28 mai. Attribué à une tentative de viol qu’elle aurait subie ou au fait qu’on lui avait subtilisé ses vêtements de femme, ce geste est considéré comme une rechute dans l’hérésie. Jeanne d’ailleurs dit avoir été à nouveau visitée par ses saintes, qui lui ont reproché son abjuration. Jugée «relapse» en deux jours, elle est brûlée le 30 mai 1431.

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