Sur scène, on le savait capable du meilleur comme du pire. Dans un Miles Davis Hall malheureusement très clairsemé, Rachid Taha n'a eu besoin, lundi, que de quelques mesures pour rassurer une assistance qui en avait bien besoin après la laborieuse prestation des Dissidenten. Ne parvenant quasiment jamais à trouver son équilibre, la formation berlinoise – qui fait pourtant figure de précurseur en matière de métissage – a en effet totalement balbutié sa musique dans un vaste cafouillage sonore. Une contre-performance balayée dès l'entrée en scène du plus rock des chanteurs de raï.

Bête de scène

Lunettes noires, chemise largement ouverte et démarche titubante, l'ex-Carte de Séjour a empoigné son show à cent à l'heure, misant sur l'énergie plutôt que sur les fines nuances qui habillent élégamment son dernier album, le somptueux Diwan. Véritable bête de scène, à la fois joueur et cabotin – il s'est notamment choisi un pool de danseuses dans les premiers rangs du public – le «ténor» algérien a ainsi fouillé pendant près d'une heure et demie ses racines orientales avec une vista qui renvoie Khaled (présent à Montreux trois jours plus tôt) au rang de fossile.

Incontestable maître de cérémonie de cette «Long Night», Rachid Taha, dont la voix montrait tout de même quelques signes de fatigue en fin de parcours, doit il est vrai beaucoup à sa formation (avec mention particulière pour la section rythmique), impeccable aussi bien dans le registre oriental que dans les parties résolument rock ou les moments de pure techno. Bref, du grand art, même si on se demandera longtemps encore ce qui a pu pousser le Montreux Jazz à programmer un tel concert un lundi soir en fin de soirée.