Critique

Rachmaninov envoûtant

Dawn Upshaw est cette soprano américaine qui s’est fait une spécialité de la comédie musicale et du répertoire de la deuxième partie du XXe siècle. La cantatrice était l’hôte des Amis de l’OSR, mardi soir au Victoria Hall de Genève, pour le traditionnel Concert de l’An sous la baguette du chef Osmo Vänskä. Une soirée en deux volets, avec une première partie en demi-teinte et une deuxième nettement plus réussie (les Danses symphoniques de Rachmaninov).

Chantant à l’aide d’un petit micro collé à son visage (fallait-il vraiment une sonorisation?), Dawn Upshaw a interprété des airs de comédies musicales célèbres signées Kurt Weill, Vernon Duke, Bernstein, Gershwin et Sondheim. La diction est très claire et les mots parfaitement intelligibles. Mais la cantatrice paraît un peu trop prudente. La voix manque de projection et d’abandon (sans compter quelques problèmes de justesse), malgré la sincérité qu’elle met dans ses interprétations. Osmo Vänskä et l’OSR l’accompagnent avec attention, sans que la sauce ne prenne vraiment. Par moments, Dawn Upshaw (laquelle a connu des sérieux problèmes de santé dont elle ne se cache pas) s’abandonne et laisse pleinement épanouir sa voix; Somewhere, de West Side Story de Bernstein, est d’un lyrisme lumineux très touchant.

En seconde partie, Osmo Vänskä empoignait les Danses symphoniques de Rachmaninov. Le chef finlandais (qui s’était déjà illustré dans la Symphonie «L’Inextinguible» de Nielsen il y a un an à l’OSR) a l’étoffe d’un architecte. Il maîtrise les transitions délicates dans cette œuvre. Il dirige d’un geste énergique et fébrile – même si sa direction paraît un peu anguleuse et tendue par moments. Le plus beau, c’est la deuxième de ces pièces, pleine de nostalgie. L’ambiance orientalisante y est très bien rendue, cordes vaporeuses, magnifiques solos aux bois. Si certains passages paraissent plus organiques que d’autres, Osmo Vänskä cerne l’esprit de cette musique. Le public a applaudi le chef après chaque mouvement de l’œuvre. Ce n’était pas franchement nécessaire, mais au moins l’émotion a-t-elle circulé.