Nikolai Lugansky, l’un des meilleurs pianistes de sa génération, est en concert ce jeudi soir, au Victoria Hall de Genève. Le pianiste russe se distingue par sa science du clavier, son émotion racée et son refus de l’esbroufe. Il joue des pièces de Janacek, Liszt (La Vallée d’Obermann, Les Jeux d’eau à la Villa d’Este…) et la Première Sonate pour piano en ré mineur de Rachmaninov, très rarement donnée en concert.

Le Temps: Quelle est votre appréciation de Rachmaninov?

Nikolai Lugansky: Je pense qu’il était le plus grand pianiste de la première partie du XXe siècle – même s’il y en a eu beaucoup d’autres. Rachmaninov était introverti et incroyablement critique envers ses compositions. Il avait toujours peur que ses œuvres soient trop longues ou ennuyeuses. C’est pourquoi il a révisé sa 2e Sonate pour piano une vingtaine d’années après l’avoir écrite – il vivait alors aux Etats-Unis – pour la ramener à 19 minutes.

– Quelle version jouez-vous?

J’ai joué toute ma vie la seconde version, mais ces dernières années, je suis revenu à la première. Il y a beaucoup de belle musique dans le premier mouvement. Là où il y a le choix pour certains passages, je choisis telle ou telle version, mais la musique reste celle de Rachmaninov.

– Pourquoi la «Première Sonate» est-elle moins populaire?

– D’abord, elle n’est pas facile pour l’audience. Ce n’est pas comme les Deuxième et Troisième Concertos pour piano ou la Rhapsodie sur un thème de Paganini immédiatement séduisants. Ensuite, elle est très difficile à mémoriser pour les pianistes. C’est l’œuvre pour piano solo la plus longue de Rachmaninov.

– Quel est le sens de l’œuvre?

– Cette Première Sonate est influencée par le Faust de Goethe, comme le furent beaucoup de compositeurs du XIXe siècle. Rachmaninov l’a composée à Dresde, où il était en 1907, d’où une empreinte un peu allemande. Dans une lettre à un ami, il dit que le premier mouvement est comme un portrait de Faust, le deuxième comme un portrait de Marguerite, et le «Finale», extraordinaire, est comparable à la Nuit de Walpurgis ou à une danse macabre.

Nikolai Lugansky, Victoria Hall, Genève. Jeudi 6 décembre à 20h. www.alternativesclassiques.com