Telle que vue par le dramaturge Jean-Claude Grumberg, la petite bourgeoisie française est une grande gueule bâillonnée qui, lorsqu'elle se libère, éclabousse nos oreilles de ses cris xénophobes. Enfermée dans ses certitudes, elle cherche donc une sortie. Grumberg lui en offre deux avec Les Vacances et Rixe, courtes pièces présentées en une même soirée au Théâtre Le Caveau (Genève), dans la mise en scène de Michel Favre. C'est l'occasion de mesurer non pas tant l'aspect sordide du racisme que son caractère totalement grotesque.

Dans Les Vacances, une famille en villégiature «dans un pays chaud», s'installe dans un restaurant et fait la fine bouche. Le ragoût de mouton pue et le serveur, un autochtone pourtant chaleureux, est «le roi des c…». Bien sûr, en France c'est mieux. Qu'est-on donc venu faire dans ce pays où les gens sont des «vraies sous-merdes»?

Autre situation dans Rixe, mais même type de comique provenant d'une distorsion entre la réalité et l'imagination pervertie qui la sous-tend. Henri, qui a cogné la voiture d'un «bougnoule», craint les représailles de celui-ci. Il s'enferme chez lui et alimente sa peur de considérations racistes et inhumaines qui le poussent au crime. Du banal accident, on passe donc à une affaire d'Etat où la France serait cernée par des étrangers.

Dans l'une comme dans l'autre pièce, toute tentative d'explication psychologique de l'acte raciste tournerait court. Michel Favre l'a compris qui joue sur une belle idée scénographique. Le décor rappelle une planche très colorée de caricaturiste où les acteurs (Michel Favre, Sylviane Mantilleri, Myriam Syntado, Frédéric Landenberg et Thomas Laubacher) portent des costumes aux motifs gravés à la main; où les accessoires sont dessinés à même le mur; où le fusil de Henri est en bois. Ce faux armement, qui laisse pourtant partir une énorme déflagration, est une astucieuse trouvaille. Il donne à Rixe une violence nihiliste et relie la pièce à l'univers plus ouvertement caricatural de Roland Topor, dessinateur à l'humour impitoyable.

On rit beaucoup dans Rixe. On rit un peu moins dans Les Vacances. Sans doute parce que le comique se prend par moments les pieds dans la vulgarité des gestes. Et parce qu'il se dilue dans la tentative d'illustrer l'honnêteté du serveur (il rend à ses clients leur monnaie oubliée) comme pour mieux souligner la mesquinerie des vacanciers. Manichéisme dont Grumberg n'a que faire.

«Les Vacances» et «Rixe» à Genève, Le Caveau, jusqu'au 21 janvier. Loc. 022/ 328 11 35