Minimiser les dépenses énergétiques. Recycler tout ce qui peut l’être. Faire appel à une alimentation en électricité qui respecte l’environnement. Mais encore, encourager le covoiturage et l’emprunt des transports publics… Programme politique d’un parti écologiste? Non, plutôt la feuille de route que Radiohead – formation anglaise parmi les plus influentes aujourd’hui – a adopté et impose à chacune des étapes de sa tournée européenne en cours. La couleur de son périple est verte, vert foncé pourrait-on dire. Et cette pigmentation, qui symbolise un certain engagement, ne changera pas ce soir, lors de son escale à Saint-Triphon.

Comme partout ailleurs, le passage du groupe en terre vaudoise est placé sous une bannière écolo assumée. Voilà qui démarque un peu plus le quintette d’Oxford des autres acteurs de la scène rock. Sa posture détonne et surprend. D’autant que les grandes causes, et celle de l’écologie en particulier, ne semblent plus être au centre des préoccupations de la plupart des autres formations.

Seulement voilà, Radiohead n’a jamais voulu faire comme les autres. Il a été avant-gardiste dans sa musique et visionnaire dans la commercialisation de ses albums. On se souvient encore de ce coup d’éclat nommé In Rainbows, œuvre postée sur le Net en 2007 que les fans pouvaient télécharger gratuitement ou payer à leur guise. Aujourd’hui, le groupe confirme son statut à part, dans le rôle de messager écolo. Alors, derrière le spectacle qui se déploiera ce soir sur une scène imposante (48 mètres de long, 16 de hauteur), derrière les chansons souvent irréprochables, il sera question aussi des impératifs chers à Thom Yorke. Le chanteur les a fixés sur une liste «verte» et exigeante qu’il a adressée aux organisateurs. Son objectif est clair: il faut maîtriser le bilan carbone du concert. Les promoteurs de l’événement étudient depuis plusieurs mois les vœux de l’artiste. A la tête de Caprices Factory, société qui produit le concert, Maxime Léonard en connaît tous les détails: «Dans le staff de Radiohead, il y a une personne spécialement chargée de coordonner les aspects liés à l’impact écologique des concerts. Nous travaillons avec elle pour respecter les vœux du groupe.»

Quels sont ses désirs? De toutes sortes. Ils paraîtront parfois anodins. Un exemple parlant? Celui des gobelets et de la vaisselle employés avant, durant et après le concert. Radiohead impose qu’ils soient recyclés et réutilisables. Caprices Factory en a pris note et a fait davantage. La partie compostable des déchets sera livrée à une entreprise chargée de la transformer en énergie électrique qui chauffera plus tard l’eau destinée aux ménages. D’autres mesures impactent plus directement le concert de Saint-Triphon. Sur la scène, les éclairages seront diffusés par des ampoules à basse consommation d’énergie. Il en ira de même pour la projection des vidéos et pour l’amplification sonore. De son côté, Radiohead a décidé de privilégier le bateau et le train pour le transport de son matériel et pour les déplacements de toute la troupe.

Mais le véritable défi imposé par le concert est ailleurs. Il se cristallise autour de l’important approvisionnement en énergie électrique que requiert le rendez-vous. Une société spécialisée, MZ, a été mandatée par les organisateurs pour fournir un réseau d’énergie éco-compatible. Chargé de la mission, Christophe Templereau a appliqué à la lettre les consignes du staff de Radiohead: «L’énergie employée est rigoureusement hydroélectrique. Elle est donc produite par des barrages. Nous avons aussi mis en place une grosse infrastructure pour répondre à d’autres impératifs. Le site de Saint-Triphon est parcouru par des longs câblages qui nous relient directement aux centrales électriques qui fournissent l’énergie. Nous avons ainsi évité le scénario classique pour ce genre de concert, soit le recours à des groupes électrogènes, qui sont très gourmands en énergie. Il faut savoir qu’il faut 500 litres de mazout par heure pour produire 2 mégawatts de courant. Avec les câbles, nos besoins en mazout sont réduits à zéro.»

Les coûts de la feuille de route signée Radiohead? Maxime Léonard ne veut pas entrer dans les détails. Mais il admet qu’ils ont leur importance dans un budget global estimé à plus de 2 millions de francs. «Ce que nous devons mobiliser en moyens et en argent compte peu. Le site a une beauté naturelle qu’il faut préserver.» Radiohead l’a choisi pour cette raison précisément. Et il ne veut pas y laisser d’autres traces que celles d’une musique attendue par 22 000 fans.

Radiohead, Saint-Triphon, ce soir à 21h. Ouverture des portes à 16h. Rens. www.caprices.ch/radioheadswitzerland2012/information.php

L’objectif de Radiohead est clair: il faut maîtriser le bilan carbone du concert