Ils disent tout, absolument tout sur le baiser: les baisers mignons qui étourdissent, les fins qui affament, les humides qui brûlent les lèvres, les secs qu'on oublie… Mathieu Chardet, directeur du Théâtre de l'Orangerie à Genève, a cueilli sur les arbres à chansons et à poèmes mille histoires de baisers, pour les semer ensuite sur les plateaux de théâtre, comme ces jours au Festival des arts vivants de Nyon (FAR). L'idée est jolie, l'hymne au bécot plaisant et la soirée furieusement sentimentale.

Le baiser est le cœur de toutes sortes de romans – d'initiation, de gare, d'alcôve… Il est cet instant miraculeux que tout romancier prépare avec mille soins, posant ses jalons, comme un alpiniste plante ses pitons, avant le sommet. Mathieu Chardet ne s'est pas vraiment soucié de dramaturgie – et c'est la faiblesse de son Baiser. Il a choisi d'enfiler les bisous, à la queue leu leu et de les offrir au public sur tous les rythmes, entre salsa canaille, tango cambré et aveux graveleux. Toutes ces friandises sont distribuées par quatre acteurs-chanteurs et un quatuor de musiciens emmené par Nicolas Hafner. Les hommes ont la boutonnière fleurie, beaux comme à la noce. Les femmes ont le vêtement souple et le coup de rein qu'il faut pour passer d'un état amoureux à l'autre.

Ce Baiser se chante donc à pleine bouche, lèvres pincées ou fossettes en fête. Bérengère Mastrangelo est fatale et gourmande, lorsqu'elle clame: «J'ai besoin de baisers», faussement pathétique et vraiment animale. Mathieu Chardet a le vice digne lorsqu'il fait l'éloge du «baiser zézette», «à côté duquel le Stromboli n'est qu'un sorbet de réclame». Vincent Aubert a l'allégresse de celui qui gambade depuis toujours dans le jardin extraordinaire cher à Charles Trenet, même lorsqu'il professe que «chaque baiser abrège la vie de trois minutes». Quant à Sylvie Zahnd, elle est délicieuse en jeune fille anglaise dans «I have been kissed before». Au final, ces embrasseurs professionnels donnent très envie de passer à l'acte.

Le Baiser, Festival des arts vivants de Nyon, Hangar du feu, les 17 et 18 août, à 21 h15 (tél. 022/365 15 55).