rap

La rage feutrée de 1995

Un deuxième disque révèle le rap instruit de Parisiens de la périphérie

Genre: RAP
Qui ? 1995
Titre: La Suite
Chez qui ? (Undoubleneufcinq)

Alors que le collectif parisien tape-à-l’œil Sexion d’Assaut fait main basse depuis début mars sur les ventes du hip-hop francophone, les plus discrets 1995 avancent sans déployer l’artillerie lourde. Au désir de prospérité certes assumé et affiché à longueur de refrains par Sexion d’Assaut répond ainsi le profil bas argumenté et plus pertinent de cette autre équipe de rappeurs de Paris. Si la France se coltine sa fracture sociale, le rap hexagonal s’avère plus que jamais écartelé entre esthétiques. A l’historique rivalité NTM-IAM, davantage de forme que de fond, a hélas succédé aujourd’hui une différence d’esprit.

Chez 1995, comme avant pour Saïan Supa Crew, Oxmo Puccino voire La Rumeur mais en mode moins politisé, sons, sens et narration priment sur l’apparat de formules à l’emporte-pièce. Le langage ne détonne jamais gratuitement. La Suite, deuxième pièce de la formation en moins de deux ans, privilégie valeurs altruistes et atmosphères cinématographiques lancinantes, où les samples jazz chers aux anciens tiennent le beau rôle.

Sans versifications guerrières ou outrancières, 1995 manie l’ironie feutrée et la rage rentrée, à l’instar du viol évoqué sur «Taille de guêpe». Pas de victimisation inutile pourtant ici, juste quelques réalités assénées par une jeune génération grandie à l’ombre de barres HLM avec vue sur un bac dévalorisé et un chômage endémique. Aux proverbiaux discours politiques, à «la France aux Français» ou «ça ira mieux demain», 1995 rétorque sans illusion par «Temps perdu», «Renégats» et «Comme un grand». Olivier Horner

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