L’auteur de Taxi Driver et de Raging Bull a souvent dit qu’il était passé tout près de la catastrophe lorsque, aspiré par la frénésie des années 70, il avait laissé libre cours à une démagogie encouragée par toutes sortes de substances illicites. Trois décennies plus tard, Martin Scorsese est resté l’un des cinéastes contemporains les plus importants. Sans jamais être rattrapé par rien, sinon par les réalités nouvelles de l’industrie cinématographique. Ces dernières années, il a souffert le martyre pour imposer sa vision contre les vendeurs de pop-corn.

Pouvait-il pour autant s’attendre à ce que son dernier film soit victime de la crise, de la hausse des budgets de promotion et des décideurs qui tiennent Hollywood en s’appuyant sur des sondages d’opinion? Adaptation d’un roman haletant de Dennis Lehane, Shutter Island a en effet vu sa sortie repoussée parce que le studio Universal avait misé, tout au long de 2009, sur de mauvais chevaux (en particulier Le Monde (presque) perdu, puits financier sans fond avec le comique Will Ferrell), et n’avait plus les moyens de le défendre.

Aligné hors compétition à Berlin, Martin Scorsese a montré son film à quelques critiques américains de confiance qui, tout en gardant le secret sur l’essentiel, laissent filtrer sur Internet la force et la rage qui habitent ce récit d’une enquête dans un asile psychiatrique. Comme chez Polanski, ça fleure la métaphore revancharde à plein nez: Hollywood, asile de fous où les médecins sont aussi aliénés que leurs patients?