Exposition

«Le Ramayana continue à vivre dans la société indienne»

Dans un très beau travail mêlant fiction et documentaire, Vasantha Yogananthan réinterprète l’épopée indienne

C’est l’un des textes fondateurs de la mythologie hindoue. Le Ramayana, écrit en sanskrit entre le IIIe siècle avant J.-C. et le IIIe siècle de notre ère, met en scène Rama – septième avatar du dieu Vishnou – et sa compagne Sita. Le Ramayana, ce sont sept chapitres, 24 000 couplets et un voyage du nord au sud de l’Inde. Vasantha Yogananthan livre une réinterprétation en images de ce récit initiatique. Le photographe français a refait le voyage, glanant des photographies qui évoquent le mythe et ses résonances avec l’Inde actuelle.

En sept chapitres également, il mêle habilement fiction et documentaire. L’esthétique, ultra-travaillée, combine ses prises de vues éthérées avec de la bande dessinée ou des tirages colorisés selon la tradition des studios indiens. Il faut considérer l’exposition comme une déambulation entre l’Inde et la littérature, entre le rêve et la réalité. On observe ici un jeune homme coquet – Rama adolescent? –, là une scène de famille ou un paysage brumeux, plus loin une vidéo affolante. Interview par e-mail, entre le Ladakh et la Suisse.

Pourquoi ce projet autour du «Ramayana»?

L’idée était de réaliser un projet sur le sous-continent indien sans être dans un sujet purement documentaire. En lisant des textes, je suis tombé sur le Ramayana, qui m’a beaucoup intéressé par sa dimension philosophique. Je me suis ensuite rendu compte lors de mes voyages que cet écrit continuait à vivre dans la société contemporaine. L’ancrage géographique du Ramayana a aussi joué dans mon souhait d’en proposer une relecture. En effet, je pouvais retracer l’itinéraire des deux héros du conte, comme les lieux mentionnés dans le texte original figurent tous sur la carte encore aujourd’hui.

Quelle est la part de fiction et de documentaire?

Tout le projet joue sur l’espace entre fiction et documentaire. L’ambivalence du médium photographique en fait une de ses principales forces à mon sens. Le projet mélange des images prises sur le vif avec des images complètement mises en scène. Bien souvent, les images peuvent être «rejouées»: j’observe quelque chose dans la vie quotidienne, une posture, un geste, un regard, et j’invite la personne à le refaire pour la caméra. En mélangeant ces deux couches d’images, l’idée est de proposer une narration à divers niveaux.

Que raconte votre odyssée, de l’Inde au Sri Lanka?

Elle reprend en filigrane la narration du Ramayana, tout en faisant un pas de côté. Les images sont comme des «échos» au mythe. Le Ramayana touche à de nombreuses thématiques: le rapport homme-femme, l’honneur, la fraternité, le devoir, etc.

Pourquoi utilisez-vous différentes techniques, comme celle des coloristes indiens?

Pour renforcer l’espace entre fiction et documentaire. Utiliser des techniques mixtes permet de m’éloigner de la photographie documentaire. Dans le cas des photographies repeintes, l’idée était de jouer sur un voyage dans le temps. La couleur de ces images amène le spectateur à se demander dans quelle époque elles ont été réalisées.

Quels liens entretenez-vous avec votre pays d’origine?

Je suis né et j’ai grandi en France. Le projet n’est pas vraiment une recherche de mes origines, donc je préfère ne pas en parler.


«Vasantha Yogananthan. A Myth of Two Souls», Musée de l’Elysée, Lausanne, jusqu’au 5 mai.

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