Cinéma

Rambo en croisade facho chez les Mexicanos

Le cinquième épisode des aventures du vétéran incarné depuis 1982 par Sylvester Stallone est un film idéologiquement abject

Le dernier plan de John Rambo (2008) montrait le personnage éponyme marchant lentement en direction du ranch de son père, planté au milieu des vastes plaines de l’Arizona. Après avoir pris sa revanche sur le Vietnam (Rambo II: La Mission, 1985), après avoir zigouillé du communiste soviétique entre l’Afghanistan et le Pakistan (Rambo III, 1988), après avoir dézingué du militaire birman (John Rambo), le cinquième épisode de la trilogie faisant de Sylvester Stallone un vétéran de guerre vénère laissait augurer, avec ce retour sur sol états-unien, une œuvre réflexive. Un récit crépusculaire montrant comment des générations de soldats yankees, hier en Asie, aujourd’hui au Moyen-Orient, ont été broyées par la politique guerrière d’un pays qui se veut la plus grande des grandes puissances, et se pose en défenseur ultime des libertés individuelles.

Rambo: Last Blood avait tout pour être une suite idéologiquement raccord avec l’originel Rambo: First Blood, qui en 1982 voyait le musculeux soldat débarquer dans les montagnes du nord-est des Etats-Unis pour y être arrêté par un shérif ne voulant pas d’un vagabond sans attache dans sa bourgade. Rejeté par un symbole de l’autorité américaine après l'avoir été par l’armée, Rambo se terrait dans la forêt, armes au poing, pour fuir la police. Quatre ans après Voyage au bout de l’enfer, chef-d’œuvre du grand Michael Cimino, le récit empruntait sa structure au film d’action pour lui aussi évoquer les séquelles psychologiques dont souffrent les vétérans.

«Vote Trump»

Voici donc Rambo enfin de retour sur ses terres. Il vit en compagnie de la jeune Gabrielle et de sa grand-mère, dont on devine qu’elle fut jadis dévouée à son père. Pour John, Gabrielle est comme une fille. Lorsqu’elle va se faire kidnapper au Mexique, où malgré sa mise en garde elle s’est rendue pour retrouver son père biologique, le soldat qui sommeille en lui va se réveiller et partir en guerre contre un gang de Mexicanos tous plus pourris les uns que les autres. Car dans le monde merveilleux de John Rambo, il convient de protéger les bons Américains de cette menace venue du Sud.

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A la fin du film, lorsqu’il aura arraché à mains nues le cœur du chef de cette bande de dégénérés, la violence ne se réglant pour lui que par la violence, il pourra se reposer sous son porche et justifier en voix off sa croisade sanguinaire. Derrière le soleil couchant, on croirait alors distinguer un panneau affichant «Vote Trump» en lettres lumineuses. Plus qu’un navet, Rambo: Last Blood est un abject film de propagande facho.


Rambo: Last Blood, d’Adrian Grunberg (Etats-Unis, 2019), avec Sylvester Stallone, Yvette Monreal, Adriana Barraza, Sergio Peris-Mencheta Barrio, 1h29.

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