Ramón Vargas s’est montré sous son meilleur jour dans la deuxième partie d’un récital donné vendredi soir à l’Opéra des Nations de Genève. Remplaçant Christian Gerhaher initialement prévu, le ténor mexicain a chanté avec les partitions sous les yeux, ce qui crée toujours un peu de distance avec le public. Il s’en est toutefois détaché une ou deux fois, recueillant un beau succès dans l’allégrissime Danza de Rossini, qui fait toujours son effet!

Sincérité émouvante

Si la voix n’est pas la puissante du monde (avec un aigu moins percutant et solaire que chez d’autres), si le spectre de couleurs n’est non plus le plus étoffé, Ramón Vargas émeut par sa sincérité. Certains titres sont très réussis, comme la Serenata de Mascagni dont on admire la conduite de la ligne, Ideale de Tosti ou encore l'éclatant Aprile de Leoncavallo. La chaleur du timbre, dans le médium notamment, les sons filés qu’il ménage de temps à autre pour suspendre la phrase, sont de bon goût. Le répertoire espagnol lui sied tout naturellement (les Cinco canciones negras de Xavier Montsalvatge, Estrellita de Manuel Ponce), mieux que les Trois Sonnets de Pétrarque de Liszt où la voix et le piano (joué par Mzia Bakhtouridze) ne se sont pas vraiment trouvés. Ici, l'émotion n'y était pas.

Mozart à la couleur latine

Quant au magnifique air «Il mio tesoro intanto» extrait de Don Giovanni de Mozart, que le ténor a chanté en bis, celui-ci avait une couleur résolument latine. On aurait souhaité plus de nuances, à vrai dire, avec davantage de candeur pour le personnage de Don Ottavio; mais le phrasé et la façon de gérer la grande cadence avant la reprise du thème principal, avec des vocalises intégrées en un seul souffle, illustrent les qualités d’un ténor au timbre sain.