Cet été, le Ranz des vaches sera interprété pour la dixième fois dans le cadre d'une Fête des Vignerons. Le Musée gruérien de Bulle se devait de lui consacrer une exposition, que le conservateur Denis Buchs dit avoir été lourde à concevoir, tant le thème se révèle riche en perspectives. Il s'agissait d'évoquer dans une première partie un chant de travail propre à la Suisse, présent dans toute la région préalpine et mué en genre musical. Une deuxième partie s'intéresse de plus près au Ranz des vaches de la Gruyère, apparu tardivement et largement diffusé. Denis Buchs a réuni une ample documentation, à partir du fonds propre du musée, mais aussi grâce à des prêts de la Confrérie des Vignerons et de particuliers. Le Musée de l'horlogerie de Genève lui a notamment confié une tabatière en or, boîte à musique de 1815 qui donne à entendre la plus ancienne version sonore du chant.

Plusieurs ouvrages médicaux et d'histoire naturelle intègrent une partition d'un ranz des vaches, dès le XVIIe siècle: les naturalistes, au cours de leurs excursions, entendaient chanter le ranz sur les alpages, tandis que les médecins l'associaient au mal du pays éprouvé par les soldats en service à l'étranger. Le ranz des vaches est donc à l'origine du mot nostalgie, néologisme apparu dans un ouvrage médical que l'on peut consulter à Bulle.

L'exposition suit cette évolution conduisant un appel professionnel jusque dans les salons, puis dans les milieux patriotes. Un livre français du siècle passé, consacré aux chants nationaux des différents pays, déprécie l'hymne national suisse, peu original, et choisit pour le remplacer le Ranz des vaches, propos illustré, en couleurs, d'une montée à l'alpage surmontée de nuages anthropomorphes représentant Guillaume Tell.

Objets d'art populaire de la Gruyère, peintures, gravures, photographies des Fêtes sont à découvrir, sans oublier trente-sept enregistrements mis à la disposition du public: enregistrements modernes de partitions anciennes, versions chantées lors des Fêtes des Vignerons, mélodies de Liszt ou Brahms (lire ci-contre), appels au bétail captés voilà une dizaine d'années en Gruyère par une ethnomusicologue. C'est bien un «chant magique», selon la formule de Fenimore Cooper, un chant particulièrement émouvant, dont l'exposition livre les avatars.

Lyoba, de l'alpe à la Fête. Le Ranz des vaches. Musée gruérien (place du Cabalet, Bulle, tél. 026/912 72 60). Du mardi au samedi de 10 à 12h et de 14 à 17h, dimanche de 14 à 17h. Jusqu'au 3 octobre.