Raphaël Aubert. La Différence, coll. Essais, 128 p.

La mort de Balthus, en 2001, a été suivie par un concert de louanges. Et comme il est de coutume après le décès d'un artiste, sauf quand on lui organise une rétrospective posthume, par un silence aussi bruyant. Raphaël Aubert brise ce silence dans Le Paradoxe Balthus, qui commence et qui se termine par un retour au Grand-Chalet de Rossinière où le peintre s'est éteint. Dans un petit livre d'autant plus pertinent qu'il est construit à partir de l'étude des tableaux eux-mêmes, Raphaël Aubert revisite une œuvre qui fut célèbre et resta en marge de l'histoire de l'art de la deuxième moitié du XXe siècle. Balthus s'est toujours référé à la tradition et s'est inspiré du métier des grands peintres de la Renaissance. Mais, explique Raphaël Aubert, la manière dont il traite ses sujets est ancrée dans le temps présent, dans la modernité. C'est le paradoxe. Une tension entre un rêve de grande peinture, qui est aussi la répétition des gestes anciens, et l'excitation fébrile du désir. Tension dans l'homme, dans sa peinture qui «apparaît bel et bien comme une forme d'échec. Echec que le mythe créé autour de son œuvre […] a pour fonction […] de faire oublier».