Il a donné rendez-vous sur le toit du Palais fédéral. C'est là que l'on retrouve Raphaël Comte, un matin ensoleillé de novembre. Pour accéder à cette terrasse en gravier interdite au public, il faut se rendre au troisième étage du bâtiment, puis se faufiler à l'intérieur d'une petite salle de réunion circulaire aménagée dans l'une des deux coupoles annexes. Au milieu de la pièce, un escalier en fer mène à des fenêtres élevées. L'une est en fait une porte qui donne accès à la terrasse.

Les pieds dans le gravillon, Raphaël Comte explique pourquoi il a choisi cet endroit: «Le grand défi de la nouvelle législature, qui a vu la droite se renforcer au Conseil national alors que le rapport de force se maintient au Conseil des Etats, sera de trouver des compromis entre les deux Chambres pour faire avancer notre pays. Pour cela, il faudra prendre de la hauteur. Le toit où nous nous trouvons se situe au-dessus des deux conseils. C'est pour cela que j'ai voulu venir ici.»

Le 30 novembre, le libéral-radical neuchâtelois de 36 ans sera élu à la présidence du Conseil des Etats, fonction à laquelle il succédera à un autre Romand, le Jurassien Claude Hêche. Il n'en sera pas le plus jeune chef d'orchestre de l'histoire. Il accède à cette charge à l'âge de 36 ans et 2 mois. Alain Berset, qui l'a précédé au perchoir sénatorial en 2008, avait alors 36 ans et 8 mois au compteur, soit six de plus. Mais, au XIXème siècle, une bonne demi-douzaine de sénateurs avaient eu le privilège d'occuper le fauteuil présidentiel avant l'âge de 35 ans. Le record est d'ailleurs détenu par un radical neuchâtelois : Numa Droz, élu à 31 ans en 1875 et, comme Alain Berset, futur conseiller fédéral. Un signe ?

Raphaël Comte avait pourtant pris l'habitude d'être le plus jeune partout où il passe. Il avait été le benjamin du Grand Conseil neuchâtelois en 2001, le cadet de tous les présidents des partis cantonaux de l'histoire neuchâteloise lorsqu'il prit les rênes du Parti radical en 2004. Cela colle assez bien à son visage juvénile et à son apparence de fils de bonne famille toujours tiré aux quatre épingles.

Lorsqu'il est entré en politique, il n'avait pas achevé ses études. Il a obtenu sa licence en droit alors qu'il avait déjà des mandats électifs. «Je suis entré dans la carrière politique plus tôt que ce qui se fait normalement. Mais les parcours sont souvent liés à des hasards. Le mien a été l'élection de Didier Burkhalter au Conseil fédéral en 2009. Il fallait quelqu'un pour reprendre son siège au Conseil des Etats. Il faut être très humble par rapport à ces circonstances», lâche-t-il.

Cependant, et il n'en est pas peu fier, il peut pour la première fois de sa vie se mettre ans la peau de l'aïeul. En effet, en deux élections, la dépuration sénatoriale libérale-radicale a été presque entièrement renouvelée. Les aînés sont tous partis: Felix Gutzwiller, Christine Egerszegi, Hans Hess et Hans Altherr ont quitté la Chambre des cantons. Raphaël Comte a été élu en janvier 2010, en remplacement de Didier Burkhalter. Il est désormais le doyen de fonction des sénateurs PLR. Bien que plus âgés, ses collègues sont tous arrivés après lui, en 2011, voire en 2015, comme Olivier Français. Il se réjouit d'ailleurs de l'élection du Vaudois. «Elle double la représentation libérale-radicale romande», rigole-t-il. En effet, il ne sera plus le seul PLR romand au Conseil des Etats.

Dès le 30 novembre et pendant douze mois, il en sera surtout le président. Raphaël Comte est un politicien professionnel. «Je suis membre de trois commissions et de trois délégations. Cela me laisse peu de temps pour autre chose. Mais j'ai des engagements associatifs et j'exerce plusieurs mandats à côté», relève-t-il. Il est ainsi membre du conseil d'administration des Transports publics neuchâtelois (transn), participe aux activités des cercles radicaux de son canton et fait partie de l'Alliance énergétique et de l'Agence Solaire Suisse (ASS). Son intérêt pour les questions énergétiques est-il un héritage familial, son père venant de la branche ? «Pas directement. Lorsque j'ai été élu, j'ai regardé quels seraient les grands enjeux des années à venir. La mise en œuvre de la sortie du nucléaire est est un. Et il y a beaucoup de peaux de banane dans ce dossier. Ça m'a intéressé», explique-t-il.

Les réseaux sociaux ? «J'y suis, mais n'en suis pas un grand adepte. On peut peut pas réduire un dossier complexe à quelques signes et il n'est pas nécessaire d'avoir un avis sur tout et de réagir à tout», commente-t-il. S'il se livre volontiers sur ses idées politiques, le futur président du Conseil des Etats reste un homme calme, pondéré, discret et secret. Il ne se laisse jamais entraîner hors du terrain politique. Il s'est construit une muraille entre public et privé, une séparation à la française.

Il faut insister, gratter le mur pour entrouvrir une brèche et tenter de découvrir par exemple ses modèles ou ses goûts culturels. Il avoue une admiration d'adolescence pour feu Jean-Pascal Delamuraz et évoque une attirance pour le théâtre, les concerts, l'opéra, les festivals. Sous les formes les plus variées, avec de régulières escapades à Paris. «Je suis curieux de tout», résume-t-il, en avouant consacrer peu de temps à la lecture. «J'ai déjà assez de choses à lire comme ça», ironise-t-il. L'ironie. Voilà un trait de caractère qu'il revendique volontiers. Toutefois, comme Didier Burkhalter, il faut apprendre à le connaître pour saisir un côté pince-sans-rire masqué par une apparence très sérieuse.

La culture, il compte en faire le moteur de son année présidentielle. «J'ai l'intention de montrer la mosaïque culturelle qu'est notre pays et me rendrai dans chaque canton pour rencontrer les autorités», annonce-t-il. Quelle sera sa vie après le Conseil des Etats ? Comme pour tous ceux qui ont embrassé la carrière politique très tôt, il y aura bien un jour un «après». Mais il faut projeter son regard loin, très loin dans le futur pour esquisser ce que pourrait être cette seconde carrière, tant cet horizon paraît encore hors du champ de vision.