Un penseur ne prend pas la pose. Cela devrait être sa loi. C’est ce qu’affirme le philosophe Raphaël Enthoven au journaliste Darius Rochebin. Ce dernier interviewe l’auteur du Philosophe de service (Gallimard). C’était dimanche passé, un moment de télévision lumineux. Raphaël Enthoven raconte comment les magazines lui demandent de prendre une pose de philosophe. Et comment il refuse de se soumettre à cette injonction. Il peut se le permettre. Il est sec et ardent, naturellement économe de ses effets, parce que très beau en effet.

Le penseur ne serait pas poseur. C’est une idée pure, mais à rebours de toute une tradition qui veut que peintres et photographes donnent une forme à ce qui n’en a pas: la cogitation. Raphaël Enthoven n’ignore pas cette histoire. Il a en mémoire Sartre ou Malraux immortalisés cigarette aux lèvres: en ce temps-là, la clope est élective, elle suggère l’aventure, la Chine de La Condition humaine par exemple. Je fume, donc je vis, donc je pense. Et puis la cigarette a une aura prolétarienne: elle évoque les cheminées d’usine. Penser est un travail qui induit combustion et production. Voilà ce que soufflent ces maîtres suceurs.

Raphaël Enthoven sait aussi que dans les années 1970, des philosophes qui n’avaient pas l’ambition d’écrire L’Etre et le néant , mais celle de poser sur les plateaux, ont fait de leurs chemises blanches l’étendard d’un renouveau. Le décolleté a lassé, la nouveauté a passé. Raphaël Enthoven, 35 ans, est d’une génération qui se méfie des effets de manches comme des idéologies. Il dit chercher ses maîtres du côté des anciens, Bergson ou Jankélévitch. Il brûle sans esbroufe. Et donne envie de (se) connaître avec lui. Le désir n’est-il pas la première vertu philosophique?