Musique

Raphael Saadiq chante la perte et l’addiction

Le Californien met fin à huit ans de silence en publiant «Jimmy Lee», hommage à un frère fauché par la drogue et salut à d’autres fantômes brutalisés par l’Amérique. Un album magistral à déguster en live à Lausanne, ce mercredi

«Je ne voulais pas faire cet album, je le devais.» Joint par téléphone, Raphael Saadiq pèse chaque mot prononcé. Le ton est cordial, mais distant. Un peu las, aussi. Depuis des semaines, l’ex-capitaine des navires Tony! Toni! Toné! et Lucy Pearl conte, un peu contraint, le même récit. Ou comment il mit entre parenthèses une suite épatante de collaborations haut de gamme (de John Legend à D’Angelo ou Elton John) pour renouer avec une carrière solo placée sur pause il y a huit ans. «La disparition de mon frère me hantait, dit-il. J’ai voulu m’y confronter et parler des gens de ma famille que leur dépendance a rendus vulnérables.»

Les âmes cramées: le sujet n’est pas neuf dans l’œuvre de Charlie Ray Wiggins (son vrai nom). Dans Instant Vintage (2002), premier album rétro lorgnant sur le son de Motown, il chantait déjà la victoire sur l’addiction (You’re the One That I Like) ou plus tard contait le drame de junkies incapables de prendre soin de leurs enfants (Grown Folks, 2004). Mais encadrées par une production millimétrée, parfois un rien agaçante dans sa manie de célébrer vaille que vaille l’esthétique du rhythm and blues des sixties, ces thématiques graves s’éventaient, jusqu’à s’ignorer.