Ce soir, Raphaël est de sortie. Sur son trente et un même, s’enorgueillit-il dans un post Instagram ce 5 mars, peigne dégainé devant la glace, lunettes bleutées accordées à son veston. Si dans l’Hexagone, le couvre-feu de 18h cloue toujours les dandys à domicile, le neuvième album du chanteur, lui, s’extirpe enfin des tiroirs – quatre mois après la date prévue.

Une attente parmi tant d’autres, que Raphaël a vécue comme tout le monde: résigné mais connecté. Lui qui fustige d’habitude la vacuité des réseaux sociaux a fini par s’en emparer à son tour durant le confinement, pour des moments de musique bricolés. Histoire de colmater les solitudes. «J’ai la chance de vivre en famille, mais d’autres sont isolés, étudiants, personnes âgées qui ont peur de sortir de chez elles. Si je peux créer du lien en faisant ce que je sais à peu près faire, des chansons, ça en vaut la peine.» Lui se sent bien, seul dans sa cuisine. Derrière les mêmes verres teintés et un demi-sourire nonchalant, régnant sur un plan de travail avec machine de barista. Il nous empresse de ne pas nous presser: «Faites-vous un thé, on a le temps!»