Pop-folk

Raphelson, l’introspection plurielle

Le chanteur romand revient pour confirmer les promesses de ses premiers pas, il y a cinq ans. Un album poétique et raffiné, ou folk et country cohabitent avec les tons intimistes

Genre: pop-folk
Qui ? Raphelson
Titre: Everything Was Story, Story Was Everything
Chez qui ? (Two Gentlemen Records/Irascible)

U n jour, alors que son premier album venait de paraître, Raphelson a eu des mots curieux voire improbables. Du moins pour toutes ces oreilles qui s’étaient familiarisées avec l’univers feutré du chanteur romand. L’homme disait à l’époque son influence majeure, capitale même, celle que personne ne voulait entendre entre ses lignes musicales. Il évoquait alors un groupe à tous points de vue lointain: Smashing Pumpkins… Cinq ans plus tard, la revendication est peut-être toujours de mise, tout comme l’impossibilité pour l’auditeur de tisser un lien solide entre le rock magmatique des Américains et les subtilités fragiles de l’Helvète. Mystère des filiations, pourrait-on dire.

Raphelson est de retour, donc. Son deuxième album porte un titre en chiasme, il croise les mots autant que les douze morceaux qui le forment croisent les esthétiques. Après le complice Fauve (les deux se sont côtoyés sur la scène du Montreux Jazz notamment), et son superbe Clock ’n’ Clouds , la maison lausannoise Two Gentlemen expose du coup un autre fer de lance de la scène nationale. Période faste, donc, solidifiée avec ces douze titres qu’il ne faut pas manquer. Raphelson s’y dévoile pleinement; il parachève un tournant crucial dans son chemin personnel, celui qui l’a vu partir en solitaire après une expérience de haute tenue au sein du quintette Magicrays.

Avec Everything Was Story… , l’escapade prend la vitesse du non-retour. L’univers intimiste, un brin mélancolique de l’auteur, atteint un accomplissement véritable. ­Raphelson en avait esquissé les traits il y a cinq ans ( Hold This Moment Still ), il les rend indélébiles aujourd’hui avec une élégance qui laisse pantois. Il y aurait beaucoup à dire de cette deuxième brique de l’artiste. On est frappé tout d’abord par le nombre d’interventions prestigieuses et pertinentes qui en enluminent les contours. Celle d’Erik Truffaz, par exemple, qui pose son souffle cuivré sur la vaporeuse «Safe And Sound». Celle du quatuor Barbouze de chez Fior, qui vient prêter ses archets dans «The Devil Danced». Celle encore de la Française Christine Ott – déjà aux côtés de Radiohead et de Yann Tiersen –, qui confère un air de mystère à «Horn In My Heart» avec ses ondes Martenot. Parmi les invités, un nom enfin pour mettre tout le monde d’accord: celui de l’ami de long cours John Parish.

La belle tenue de l’album doit sans doute l’essentiel à ce complice de PJ Harvey. Ses touches de guitare, discrètes, et surtout sa production donnent à l’œuvre un équilibre saisissant. Car Everything Was Story… est un objet polymorphe qui aurait pu capoter aisément. On y a croisé dans son intérieur une part qui s’ouvre sur les vastes paysages américains, avec des titres qui empruntent ouvertement au folk et à la country («Crying Wolf», «My Everyday», «Ghost Of A Chance»…). L’autre part se ferme sur elle-même, elle se décline sur des tons intimistes, entièrement portés par le piano et par le lyrisme désarmant de la voix («Safe And Sound», «L. Lesley»). Les deux visages montrés par Raphelson n’auraient pu exister sans une mise en scène irréprochable. Le deuxième album réussit ce pari, et cela est déjà beaucoup.

Il faut encore relever, dans ce chemin classieux, une orchestration irréprochable; la persistance d’instruments pour lesquels ­Raphelson a très vite donné des signes d’attachement obsessionnel. Un parmi d’autres, le mellotron, objet d’un autre temps qui n’aurait pas survécu s’il n’avait pas autant de poésie dans ses touches. Raphelson en distille partout, avec ses doigts et avec sa voix qui prend aisément les octaves hautes. Il maintient donc les promesses de 2006 dans un album qui marque d’entrée les esprits.

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