C’est un peu la musique des rues qui monte en club. Ou la culture des dancefloors qui investit le bitume. Depuis peu, le R & B se teinte de sonorités électroniques, et les stars afro-américaines du genre font la cour aux blanches icônes de la dance. Ainsi de Beyonce Knowles, ancienne figure de proue du groupe Destiny’s Child et reine des hit-parades US, qui signe une collaboration hautement télégénique sur le dernier album de Lady Gaga, The Fame Monster.

Sur le titre «Telephone», les deux divas entrelacent des voix numérisées à souhait, au-dessus d’un appareil rythmique qui met la pulsation du R & B en tachycardie. Elle tourne, la grande roue des tendances qui mène au sommet des charts; tandis que Gaga devenait récemment la troisième artiste pop de l’histoire à propulser en tête des ventes trois singles extraits d’un premier album, Beyonce voit son pouvoir d’attraction s’effriter. Ses trois derniers disques ont écoulé quatre, trois et deux millions de ­copies respectivement, aux Etats-Unis.

«C’est vrai, le R & B pur et dur est dans un creux», note Patrice Bardot, rédacteur en chef du magazine Tsugi et spécialiste des musiques actuelles. «La tendance est au retour de l’eurodance des années 1990 et ses mélodies de stade. Ainsi, des groupes phares du R & B comme les Black Eyed Peas font appel à des producteurs d’électro, David Guetta par exemple.» Sur son dernier album, One Love, le DJ français s’offre d’ailleurs les services de nombreuses stars typées black music, Kelly Rowland, Akon ou Estelle.

En 2007, le rap haute-couture de Kanye West préfigurait déjà ce genre de métissage, en s’appropriant «Stronger», un titre du duo hexagonal Daft Punk. «Il ne faut pas oublier qu’à la base, le R & B était conçu pour faire danser, souligne Laurent Pavia, responsable de la programmation musicale à la RSR. Il y a cinq ans, ce style était omniprésent dans les clubs.» La démocratisation de la house et autre beats synthétiques a changé la donne. «Aujourd’hui, le R & B cherche à se renouveler. L’hégémonie de deux ou trois producteurs (Timbaland par exemple) qui imposent leur patte sur l’ensemble du marché a lassé les auditeurs. Tout comme, en ces temps de crise, le côté très bling bling de cette musique.»