Cinéma

«Rebelles»: gare aux frangines flingueuses

Trois perdantes touchent le magot et doivent cogner pour le conserver dans un polar rageusement féministe et joyeusement outrancier

La belle Sandra (Cécile de France) a été Miss Nord-Pas-de-Calais et promise à un avenir radieux. Mais la vie ne lui a pas fait de cadeau. Après quinze années sur la Côte d’Azur, elle revient avec la haine et un œil au beurre noir squatter le mobile home de sa mère à Boulogne-sur-Mer. Et se retrouve les mains dans la saumure à découper des sardines à la conserverie locale. Son chef de service la coince dans les vestiaires; elle le repousse violemment. Il tombe et se tue.


Le premier réflexe est d’appeler la police. Elle se ravise quand elle voit que le queutard défunté transporte une très grosse somme d’argent dans son sac de sport. Avec ses collègues Nadine (Yolande Moreau) et Marilyn (Audrey Lamy), elle décide de faire main basse sur le grisbi.

Comment faire disparaître un corps dans une conserverie? Le trio infernal réactualise une vieille entourloupe recensée par San-Antonio dans En long, en large et en travers. Les ennuis commencent. Car l’argent ne venait pas de nulle part et ceux à qui il appartenait entrent dans la danse. Sandra, Nadine et Marilyn vont se fritter avec un loueur de bateaux que le commerce de la cocaïne attire, la mafia belge et un flic véreux. Pour Sandra, les ennuis se doublent d’une quête en paternité plutôt tumultueuse.

Humour noir

Dix ans après Vilaine, dans lequel une gentille fille décide de pourrir la vie à tous ceux qui ont abusé de sa serviabilité, Allan Mauduit renoue avec des personnages féminins ayant renoncé à tendre l’autre joue. Sandra ne craint pas la bagarre, Nadine a scié le canon du fusil de son mari et Marilyn a la gueule toujours ouverte. Rebelles est attifé de l’avertissement selon lequel «des scènes, des propos ou des images peuvent heurter la sensibilité des spectateurs». Certains seront effarés de voir le gamin de Marilyn se manger une baffe de sa mère, d’autres de voir un Secours catholique se faire braquer ou encore un bout de pénis sectionné tressauter sur le sol…

On regrettera quelques facilités comme la bataille rangée finale relevée d’une inévitable musique de western pour se réjouir de l’humour noir, d’une descente dans la rugueuse France d’en bas et du féminisme rageur d’un polar outrageusement poilant.


Rebelles, d’Allan Mauduit (France, 2019), avec Cécile de France, Yolande Moreau, Audrey Lamy, Simon Abkarian, 1h33.

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