Dans un roman à la fois ébouriffant et glaçant, Giacomo Papi imagine une Italie à ce point gangrenée par le populisme qu’il devient dangereux, et pour tout dire impossible, d’exprimer une pensée un poil trop complexe. Tout commence par l’intervention du professeur Prospero, qui se permet de citer Spinoza au cours d’un talk-show télévisé. L’animateur le rembarre sèchement: «Dans mon émission, je n’autorise personne à s’exprimer en mots difficiles. Les poses d’intellectuel sont bannies.» Et d’ajouter: «C’est un programme qui s’adresse aux familles et les gens qui ont trimé toute la journée ont le droit de se détendre sans se sentir inférieurs.» Explosion d’applaudissements dans le public. Et pour corser le tableau, le ministre de l’Intérieur, invité d’honneur de l’émission, apparaît sur l’écran et lance: «Vous devriez avoir honte! Faire des citations savantes alors que le peuple crève de faim!»

Le décor est posé et l’on s’étonne à peine que le malheureux professeur succombe peu de temps après, sur le seuil de sa porte, massacré à coups de gourdins par quelque sauvage brigade de l’ignorance. Pas assez éloigné de la réalité pour parler d’anticipation, assez proche pour comprendre que l’auteur veut nous alerter sur un possible, voire probable, futur très proche, ce roman pourrait se réclamer d’une sorte de réalité augmentée, option littérature.