«TO ALL THE WORLD! I declare the earth is hollow, and habitable within». Telle est la profession de foi de John Cleves Symmes Jr qui, dans une lettre au Congrès américain en 1818 déclarait «au monde entier que la Terre était creuse et habitable intérieurement», et réclamait les moyens de le prouver. Hélas John Cleves Symmes n’eut jamais l’occasion de vérifier l’existence de «Symzonia», la terre intérieure qu’il espérait découvrir.

Mers froides

La théorie de la terre creuse et les aventures de ses émules forment une des nombreuses trames du dernier roman de Christian Garcin, Les vies multiples de Jeremiah Johnson. La chasse à la baleine en est une autre, tout comme les guerres indiennes. Ecrivain des confins dont les héros divaguent volontiers à Vladivostok ou en Patagonie, le romancier pousse sa plume jusqu’aux pôles. Car si la terre est creuse, c’est par les pôles qu’on peut rejoindre ses mondes souterrains. Mais l’imaginaire ou la littérature y mènent plus sûrement encore que les brise-glace. Et le romancier plonge dans ces mers froides avec Edgard Allen Poe ou Hermann Melville.

Cachalot

Jeremiah N. Reynolds, personnage historique et romanesque à la fois, est un héros à la mesure de Christian Garcin. Journaliste, écrivain, aventurier, Jeremiah N. Reynolds se jette dans de multiples expéditions, le plus souvent vouées à l’échec. Le voici qui défend, aux côtés de John Cleves Symmes Jr., la théorie des «sphères concentriques» dont est formée notre planète dans une série de conférences; le voici publiant un pamphlet contre ces mondes souterrains; le voici lancé dans une expédition en Antarctique vers le Pôle Sud; le voici débarqué à Valparaiso après une mutinerie; rencontrant des Indiens, guerroyant, rêvant de chasse au cachalot… «Reynolds l’écoutait avec avidité. Il pensait à sa lointaine lecture du Livre de Job: «Léviathan laisse derrière lui un sillage lumineux/L’abîme semble couvert d’une toison blanche.»

Il faudrait avoir une carte sous les yeux.
Or, justement, en voici une.
Le Chili, on le sait, est droit comme un i posé verticalement sur le flanc gauche de l’Amérique latine. Vous partez du nord, à la frontière bolivienne, non loin de La Paz, au niveau du 20e parallèle sud à peu près. Vous descendez mille cinq cents kilomètres en franchissant le tropique du Capricorne…

«Les vies multiples de Jeremiah Reynolds» naviguent, comme sait le faire le capitaine Garcin, sur des mers tumultueuses, entre fiction et histoire, remontent aux sources de grands romans, Moby Dick ou Les Aventures d’Arthur Gordon Pym, emmènent le lecteur dans le secret insaisissable (sinon par le roman) des mondes cachés.


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Christian Garcin, Les vies multiples de Jeremiah Reynolds, Stock, 170 p., ****