Star Wars

A la recherche 
des nouvelles stars

Comme George Lucas en 1977, 
J. J. Abrams confie les clés 
de son blockbuster à un casting d’acteurs à peu près inconnus. Mais la gloire précoce peut aussi devenir encombrante

J. J. Abrams ne s’en cache pas: le réalisateur américain de Star Wars: Le Réveil de la Force voue un culte aux cinéastes de sa jeunesse. Dans Super 8, teen movie où des ados découvraient par hasard l’existence d’un extraterrestre tenu captif par l’armée, il rendait ainsi hommage à Rencontre du troisième type et à E. T. de Steven Spielberg. Avec Star Wars, il marche directement dans les traces de son autre mentor, George Lucas. Comme lui, il a confié les manettes de sa grosse machine à un casting d’acteurs à peu près inconnus. Ou du moins qui n’ont pas vraiment l’expérience du cinéma.

George Lucas avait opéré exactement de la même manière en 1977, à l’époque du premier volet de La Guerre des étoiles. La seule star sur le plateau était alors Alec Guiness, incarnant le chevalier Jedi Obi-Wan «Ben» Kenobi. L’acteur anglais s’était fait prier pour accepter de tourner dans ce film de science-fiction sur lequel aucun producteur ne misait un dollar.

Pour les rôles principaux, Lucas était allé chercher trois jeunes comédiens fraîchement sortis des cours d’art dramatique. Mark Hamill tourne dans des séries télé. Il va camper Luke Skywalker. Carrie Fisher, la fille de la star Debbie Reynolds, n’affiche qu’un seul titre dans sa filmographie, Shampoo, mais avec Warren Beatty et Julie Christie comme partenaires. Elle sera la princesse Leia. Harrison Ford, lui, joue au comédien dilettante à cheval entre deux carrières, celles d’acteur et de charpentier. George Lucas, pour qui il a déjà joué dans American Graffiti, l’embauche pour incarner Han Solo. Les autres personnages principaux? Ils vont tous souffrir d’une gloire invisible. Il faut dire que les acteurs de Darth Vader, de Chewbacca et du couple de robots C-3PO et R2-D2 vont traverser six épisodes de Star Wars camouflés derrière des masques.

Trente-huit ans plus tard, ce principe de la new face est donc réactivé. Adam Driver a été le boyfriend de Lena Dunham dans la série Girls, un rôle épatant de type à la fois borderline et touchant. Il est aussi apparu dans quelques films (Lincoln, While We’re Young) sans que sa dégaine de géant empoté n’ait frappé complètement les esprits. Ça risque de changer vu qu’il hérite du personnage de Kylo Ren, le nouveau méchant de la saga des étoiles.

La carrière de Daisy Ridley tient pour l’instant sur un confetti. Après une ou deux séries télé, la comédienne britannique de 23 ans enfile le costume de Rey, rôle principal équivalant au générique de 2015 à celui de la princesse Leia en 1977.
Reste à parler de John Boyega, que l’on découvrait dans la carapace de Finn, le Stormtrooper black et dissident, dans la toute première bande-annonce du Réveil de la Force. Acteur anglais d’origine nigériane, il ne compte à son actif qu’une poignée d’apparitions à la télé, deux-trois bricoles sur grand écran et la promesse, depuis 2011, d’être The UK Star of Tomorrow décerné par le magazine Screen International.

«A propos de la trilogie originale, je me souviens avoir aimé ne jamais avoir vu ces gens», expliquait J. J. Abrams au magazine Elle pour expliquer ses choix. Avec sans doute aussi un peu de superstition, la technique des nobodies ayant largement réussi à George Lucas pour entretenir le mythe autour de son œuvre. Moins à ses acteurs. C’est le problème du blockbuster qui lance une carrière: celui de coller indéfiniment à la peau de celui qui en est le héros. Cela se vérifie avec les acteurs d’Harry Potter, désormais à peu près tous employés à jouer les utilités. Cela vaut aussi pour Lost, la série télé phénomène de J. J. Abrams dont aucun des comédiens n’a vraiment déchiré l’écran, le petit ou le grand.

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Le cas est encore plus patent avec Star Wars, dont le succès intersidéral n’a pas éclaboussé tout le monde avec la même symétrie. Dans l’équipe de départ, seul Harrison Ford a eu la carrière que l’on sait. Ses deux comparses, eux, ne se sont jamais vraiment remis de leur après-Guerre. Mark Hamill a vu les propositions s’éclipser. Luke Skywalker pour l’éternité, il a assuré le doublage vocal de son personnage dans les adaptations de Star Wars en jeux vidéo. Carrie Fisher a mieux su occuper les plateaux, mais sans jamais décrocher le rôle qui aurait confirmé ses débuts fulgurants. Appelons cela des étoiles filantes.

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