Frédéric Pajak et Lea Lund, dessin. L'Etrange Beauté du monde. Noir sur Blanc. 272 p.

Frédéric Pajak excelle dans les récits écrits et dessinés, alliage très personnel d'autobiographie mise en perspective à travers Nietzsche, Pavese, Joyce, Luther, la mélancolie ou le chagrin d'amour. Cette fois, ils sont deux à s'exposer: Pajak écrit, Lea Lund, sa compagne depuis vingt-cinq ans, dessine. C'est l'histoire d'un vieux couple, avec ses défaites et son lien indéfectible.

Un trait toujours sombre

Leurs démarches se complètent, les mots accompagnent les dessins charbonneux, souvent violents «comme un instrumentiste joue pour sa chanteuse». A son habitude, Frédéric Pajak digresse, évoque Lafargue, qui voulait pour tous le droit à la paresse, le cynisme de Marx, son beau-père. Revient toujours à son histoire d'amour, à cette Lea qu'il a tant voulue et qui s'appelait alors Pascale. Il raconte les vacances, les amis, la mort de sa belle-mère, la tristesse d'un séjour en Italie, les turbulences d'une visite en Afrique du Sud, convoque Stendhal ou une étrange mystique, Maria de Naglowska.

Elle fait le portrait des amis, esquisse des paysages, d'un trait parfois expressionniste, toujours très sombre, même dans les îles grecques. Sur les portraits, elle se donne un visage dur, de défi fermé. Sa vision du rapport des sexes est agressive.

A elle le froid du Nord

A cette femme qu'il aime, Frédéric Pajak dresse un petit monument de mots, sans craindre les banalités. Il voulait intituler leur livre «Un couple passe». Elle a rétorqué: «Un couple trépasse». Comme si les rôles étaient distribués une fois pour toutes. A elle le froid du Nord qu'elle s'est choisi jusque dans son pseudonyme; à lui la vulnérabilité assumée. Les choses ne sont sûrement pas si simples.