théâtre

Le récit sans l’excès et la folie

Frédéric Polier monte «Légendes de la forêt viennoise» de manière très linéaire. Contrairement à son habitude, le metteur en scène ne restitue pas le vertige de l’entre-deux-guerres

Qu’est-il arrivé à Frédéric ­Polier? Qu’a-t-il fait de sa truculence créative et de sa verve poétique telles qu’on a pu les savourer dans Cymbeline, en 2009 ou, avant, en 2005, dans Le Maître et Marguerite? Sans parler des pièces grinçantes de Hanokh Levin réalisées avec la même croustillante férocité par le metteur en scène genevois…

Dans Légendes de la forêt viennoise, d’Odon von Horvath, le directeur du Théâtre du Grütli a beau être entouré de sa fidèle équipe (François Florey, Pietro Musillo, Thierry Jorand, Diego Todeschini, Roberto Molo, etc.), il livre un spectacle certes correct, mais exempt de ce vent de folie et cette science de l’excès qui ont caractérisé son travail ces dernières années.

Légendes de la forêt viennoise? Créée en 1931, la pièce raconte les tribulations de Marianne (Fabienne Barras), qui préfère l’amour vrai pour le voyou Alfred (Diego Todeschini) à un mariage arrangé avec le boucher (Pietro Musillo) et qui, reniée par son propre père (Thierry Jorand), roule dans le fossé. En arrière-fond, le nazisme aiguise ses couteaux et séduit le neveu du boucher, Eric (Olivier Périat), pathétique et très bien brossé.

A son habitude, Horvath traque la grande Histoire à travers les petits déboires conjugaux (Figaro divorce, Casimir et Caroline, Don Juan revient de guerre), comme si le mariage et ses figures imposées annonçaient la soif d’ordre et de pouvoir qui allait faire le lit du nazisme. L’auteur n’a pas eu le temps d’avoir la pleine confirmation de son intuition: le 1er juin 1938, il meurt écrasé par un platane sur les Champs-Elysées.

La mise en scène de Frédéric Polier restitue l’esprit des guinguettes populaires à travers des séquences joliment dansées et chantées. La belle énergie d’Amélie Chérubin-Soulières, que l’on découvre dans le rôle de Valérie, anime aussi ce long spectacle (2h45) où l’on retrouve avec plaisir Pascale Vachoux dans le rôle de la mère d’Alfred, timorée, et Monica Budde dans celui de la grand-mère remontée. Mais, malgré ses 12 comédiens et ses deux musiciens (Philippe Koller et Zoran Arsic), le spectacle est bien trop sage et linéaire pour raconter les vertiges de l’entre-deux-guerres.

Légendes de la forêt viennoise, Théâtre du Grütli, Genève, jusqu’au 12 mai, 022 888 44 84, www.grutli.ch

Publicité