Eric Holder. De loin on dirait une île. Le Dilettante, 190 p.

«J'aurais le sentiment de rater mon existence si je n'habitais pas près de l'océan», dit à Eric Holder la «femme de sa vie». On ne va pas gâcher trente ans de complicité: deux ans plus tard, la famille nomadise vers l'ouest pour s'ancrer sur cette langue de terre au nom enivrant, le Médoc. Si intimement liée aux flots de la Gironde et de l'océan que, «de loin, on dirait une île». En peinture, Eric Holder serait un «petit maître», il excelle dans le détail, l'éclair d'une tache de couleur saisie au coin d'une rue, un ciel à la Turner, le glissement de sirène d'une serveuse de café. Elle s'appelle Ilona, comme celle qui arrive avec la pluie dans le roman d'Alvaro Mutis. Holder est à la recherche de la Médoquine idéale, cette coquine est à tous les coins de rue. Pour la retrouver, il parcourt la région, baissant ci et là la béquille de sa moto, de comptoir en supermarché.

«Lorsque j'écris un roman, je m'efforce de donner corps à des êtres que j'aimerais connaître»: dans ses pérégrinations, Eric Holder ne cesse de les croiser «en vrai», ses personnages secondaires et cette impression de déjà-vu le stupéfie à chaque fois. Par un jeu très fin de correspondances, le chroniqueur fait lever un souffle léger qui traverse le livre. Un courant euphorique: l'installation dans une maison ensauvagée, les rencontres de bistrot, l'achat d'une plaquette de shit, les portraits de figures baroques. Et parfois légèrement dépressif, mélancolique ou fâché quand le climat tourne «à l'imparfait du souvenir» pour évoquer le départ du fils, la mort d'un ami, le délabrement d'une région économiquement sinistrée. «Il faut un peu de pluie dans chaque vie», constate Tilde en essuyant les verres. Mais juste de quoi irriguer les vignes.