On ne pourra pas reprocher au ténor de s’économiser. Le récital qu’il a donné à Marseille comptait trois parties : les deux premières composées chacune de sept airs, et la dernière, de six bis ! Cette généreuse vue panoramique de ses talents démontre que, de la confidence à l’éclat, de la passion à la légèreté et de la virtuosité à l’intériorité, le chanteur explore aisément toute l’étendue du registre. Belcantiste dans l’âme, il ourle les lignes avec souplesse et finesse, dans les trois airs tirés de l’album des Péchés de vieillesse de Rossini donnés en entrée. Le timbre dense, la diction claire, les attaque nettes mais douces, et en cadeau, les fameux aigus, serrés et brillants. Après l’hommage rossinien, Flòrez continue son détour transalpin avec Francesco Paolo Tosti (Ideale, Malia et un renversant Parted, dans un anglais exemplaire). Les extraits très attendus de son dernier enregistrement d’airs français, habilement intitulé «Amour», rappellent enfin quel mélodiste il sait aussi être. Mieux qu’au disque, sa prononciation parfaite, la lumière de son chant et sa profonde sincérité d’expression se conjuguent avec bonheur sur scène. Le legato est velouté, les contre-uts acérés et les vocalises aériennes. Berlioz, Massenet, Delibes, Gounod, Bizet et Offenbach sont servis avec flamme, esprit et précision. Quant aux rappels généreusement enchaînés, ils ont achevé de faire fondre la salle. De «Una furtiva lagrima» de l’Elixir d’amour à «La donna è mobile» de Rigoletto en passant par le célébrissime «pour mon âme» de la Fille du régiment, «je veux entendre encore ta voix » de Jerusalem, ou un «Jurame» à tomber, rien n’a été oublié. Un programme luxuriant. Et une salle en pâmoison.