Jean Rouaud. La Fiancée juive. Gallimard. 135 p. et 1 CD

La Fiancée juive, le dernier livre de Jean Rouaud, commence par Mozart et se termine par la voix de l'écrivain qui chante sur une guitare. Tout au bout des pages de la très classique collection blanche de Gallimard se trouve un CD, où le long poème qui clôt cette série de récits, et qui s'intitule «La Fiancée juive», est psalmodié entre rock et blues par son auteur, un peu à la façon du Kurt Cobain d'Unplugged.

Mozart et le blues, rien à voir... Encore que, comme le note Jean Rouaud, la queue d'un chat qui se balance sur un écran de télévision peut suffire à transformer «le divin Mozart en une sorte de Davy Crockett coiffé de son trophée»... Rien à voir, donc, sinon la musique; cette musique des mots que Jean Rouaud compose et joue avec un bonheur rare. Sa phrase enchante, séduit, coule en arabesques complexes mais savamment domptées. L'écrivain soigne ses textes avec un talent de boulanger virtuose, qui sait comment sortir du four des miches fumantes, craquantes, dorées et qu'on rêve de croquer.

«Me voilà, c'est moi», annonce Jean Rouaud en quatrième de couverture. Et c'est vrai. Ses brefs récits parlent de ses parents; de son père, mort jeune et pleuré enfin à travers la triste mort de Mozart; de sa mère, pour laquelle il convoque la figure d'Anna Fierling, la «Mère Courage» de Brecht; puis de lui-même, de ses étés de collégien, «l'été nous ne faisions rien», et donc, forcément aussi, de l'écriture: «C'est ainsi qu'on arrive à trente-sept ans à publier un premier roman intitulé Les Champs d'honneur. Ensuite la donne n'est plus tout à fait la même. [...] Ensuite, vous n'êtes plus tout à fait seul.»

Jean Rouaud parle de l'écriture, égrène ses souvenirs - de marchand de journaux, de chroniqueur régional - et, surtout, il s'émerveille devant le miracle de l'amour: «Ailleurs est comme un grand désert/Si n'y est ma belle Nadja», chante-t-il. Reste, malgré le talent et le charme de ces pages, une impression disparate, de musarde un peu hasardeuse. «Certes vous prenez plaisir à tourner les phrases, à aligner des mots, à jongler avec le verbe. Vous trouvez même que vous vous en sortez pas si mal, mais des phrases pour dire quoi?» La question que se posait l'écrivain débutant vaut aussi pour ce livre, à prendre pour ce qu'il est: un divertissement agréable et bien tourné.