Mario Soldati. Fuite en Italie. Le Train de l'espérance. Fuga in Italia. Un Viaggio a Lourdes. Trad. de Nathalie Bauer. Le Promeneur. 154 p. et 112 p.

La Bibliothèque nationale de Rome lui a récemment rendu hommage par une exposition intitulée Mario Soldati, l'écriture et le regard. Car en Italie aussi, on n'en finit pas de redécouvrir le talent subtil du romancier et cinéaste turinois (1906-1999), dont Le Promeneur a déjà fait paraître dix titres. Les deux récits singuliers, récemment réédités chez Sellerio, qui s'y ajoutent aujourd'hui datent des années 1940. Ce n'est pas seulement leur veine autobiographique qui réunit Fuite en Italie (1947) et Le Train de l'espérance (1943), mais leur commune célébration du voyage comme un plaisir à la fois sensuel et intellectuel, un art de la fuite souvent chanté par un écrivain joueur: «C'est le plaisir de l'évasion, de la contradiction. Le plaisir profond et vital de changer, de s'épanouir au-delà d'une famille, d'une classe, d'un pays, d'une race.»

Un matin de septembre 1943, Soldati quitte Rome occupée par les Allemands, pour rejoindre à Salerne ces Américains qu'il connaît bien pour avoir tenté d'émigrer au moment de la crise de 1929 (il l'a raconté dans Amérique, premier amour). D'abord en train, puis en charrette, à pied et à bicyclette, il voyage en compagnie du jeune soldat Agostino (alias le producteur Dino de Laurentiis), dont la famille s'est réfugiée dans un village de Campanie, au sud-est de Bénévent.

C'est le portrait sur le vif d'un pays en pleine débâcle et de ses habitants déboussolés, à de rares exceptions près, que trace Soldati, dans un style nerveux qui mêle choses vues, rencontres et réflexions sur la défaite et le fascisme, l'Italie et l'Allemagne, la peur, l'amour, la religion. Moments inoubliables: tel festin improvisé où ne manquent ni le vin ni le tabac et suivi d'une bienheureuse sieste, ou bien, après un bombardement, un paisible clair de lune qui fait murmurer un vers de Leopardi.

L'autre train pris par l'écrivain, à la faveur d'un reportage, est celui d'un pèlerinage pour Lourdes, en 1934. Le récit qu'il en tire neuf ans plus tard le montre nostalgique de la foi de son enfance, mais résolument allergique à la bigoterie comme à la laideur de «l'affreuse, l'absurde grotte» pyrénéenne. Seules bouffées d'air frais, la rencontre sur un quai de gare d'une jeune Espagnole qui le subjugue au point qu'il en oublie de lui demander son nom; et celle d'un accordéoniste aveugle et virtuose dans un bistrot de Lourdes, pour lequel il aurait pu tout quitter...