Quatre ans après The Florida Project, présenté à la Quinzaine des réalisateurs, Sean Baker revient à Cannes avec Red Rocket, un nouveau conte de la misère humaine. Tout commence avec le retour dans une banlieue industrielle de Texas City de Mikey, 22 dollars en poche et la ferme intention de pouvoir loger dans la cabane déglinguée où survivent tant bien que mal sa femme et sa belle-mère. Elle ne veut pas, mais finit par accepter. Il promet de trouver un travail et de payer sa part du loyer. Mais lorsqu’il rencontre de potentiels employeurs, un problème se pose invariablement: son CV a un trou de dix-sept ans, ce qui fait quand même beaucoup. Mikey ne sort pas de prison, le voici bien obligé d’avouer qu’à l’instar de sa femme Lexi, il a fait carrière à Los Angeles… dans le cinéma porno. Nom de scène: Mikey Saber.

Sur «The Florida Project»: Le néoréalisme repeint en teintes pastel

En guise de job, il va finalement aller au plus simple: vendre à des ouvriers désespérés l’herbe que produisent des voisins. Un jour, dans une boutique de donuts, il croise le regard d’une jeune et jolie rouquine surnommée Strawberry, qui vend des beignets fourrés à défaut d’avoir un avenir. Et le voilà qui échafaude un plan: il va la séduire, et en faire une star du X, ce qui le remettra dans le business. Cela tombe bien, la jeune fille ne semble pas farouche. Voilà Mikey de nouveau vigoureux, lui que des années de labeur obligent à dorénavant recourir à la petite pilule bleue magique lors de ses ébats avec Lexi.

Galerie désenchantée d’antihéros à la dérive

A l’inverse de The Florida Project, mû par une perpétuelle tension et des enjeux dépassant le cadre strict des personnages, on ne sait malheureusement pas trop ce que veut nous dire Sean Baker avec ce Red Rocket. Derrière sa galerie désenchantée d’antihéros à la dérive et narrativement peu intéressants, le récit manque cruellement de consistance. Alors oui, reste cette idée dérangeante que Strawberry, lumineuse comme une star dans le dernier plan, est promise à une lente descente aux enfers au moment où le film s’achève. Hélas, ce trouble ne suffit pas à rendre véritablement intéressant un film qu’on oubliera vite.