Internet explose d'indignations depuis le 29 juin, date de sortie de The Kubrick Collection, réédition des œuvres du réalisateur en DVD (lire Le Temps du 29 juin). Le studio Warner, qui distribue le coffret contenant sept films, de Lolita à Full Metal Jacket, est particulièrement chahuté. Au point que les responsables de la compagnie ont tenté de calmer le jeu sur le terrain même de leurs détracteurs: les sites Web consacrés au nouveau support vidéo DVD. Un mois seulement après le décès de Kubrick, la Warner annonçait que le cinéaste s'était totalement «impliqué, jusqu'à la forme du matériel de promotion» (Hollywood Reporter, 22 avril). Or, depuis dix jours, les sites spécialisés enregistrent la stupéfaction des cinéphiles rompus au format DVD.

Les griefs ne portent pas sur un détail, mais sur l'ensemble de la réédition. Le son de tous les films, d'abord, fidèle à l'enregistrement monophonique d'époque, n'offre pas la dimension stéréo, THX, DTS ou Dolby. C'est le défaut le plus excusable, puisque Kubrick lui-même avait déclaré se méfier du soi-disant effet réel de la stéréo, arguant que, dans la vie, personne n'entend des sons dissociés, en stéréo.

La deuxième accusation porte sur les suppléments – bandes annonces, etc. – que le DVD permet d'ajouter au film. Seuls en bénéficient 2001 – une déclaration de l'écrivain Arthur C. Clarke datant de 1968 – et The Shining – un making of d'une demi-heure réalisé par la fille du cinéaste, Vivian. Cette pauvreté est compréhensible si on se réfère au secret dont Kubrick entoura ses ouvrages. Mais quid, par exemple, des bandes d'actualités relatant leurs sorties événementielles?

Enfin, le plus grave: l'image. Certains vidéophiles aussi pointilleux que Kubrick ont comparé des copies vidéo et laserdisc distribuées il y a plus de dix ans avec The Kubrick Collection. Surprise: ils ont découvert des poussières et des rayures bien trop similaires pour être fortuites. En un mot comme en cent: The Kubrick Collection n'a de neuf que l'emballage. Une déception énorme pour qui attendait des transferts haute définition en taille d'écran 16: 9. Et un argument de plus pour ceux qui pensent que la Warner a bâclé cette collection dans le but mercantile de profiter de l'impact d'Eyes Wide Shut, le film posthume de Kubrick dont la sortie américaine est agendée pour le 16 juillet.

Première dans l'influence grandissante des internautes auprès des grands studios, le scandale a fait réagir la Warner, qui a contesté… Avant d'avouer, par la voix de Mark Horak, son responsable du marketing, que la compagnie prévoit déjà une autre Kubrick Collection, augmentée, mieux adaptée au DVD, mais que sa préparation, freinée par Eyes Wide Shut, n'aurait pas pu sortir à temps. Les studios devraient répéter leur «La Fontaine Collection»: «Rien ne sert de courir, il faut partir à point.» Une morale que les acheteurs n'oublieront pas en attendant The Definitive Kubrick Collection, dans quelques mois.