Réformes et casting de chefs à l’OSR

Classique Neeme Järvi signe sa dernière saison avec l’Orchestre de la Suisse romande

Après vingt ans de relations tendues, la formation se rapproche enfin de l’Opéra et se cherche un directeur musical

Trois saisons: ce sera en définitive la durée du passage de Neeme Järvi à la tête de l’OSR. En août 2015, le chef estonien achèvera en effet son mandat par une tournée européenne qui passera à Amsterdam, Grafenegg, Rheingau, Santander, San Sebastian et Ascona. Ce bouquet final de festivals et de destinations célébrera l’un des plus gros chantiers de l’OSR.

Le plus saillant de ceux-ci se situe du côté de la place Neuve. Le rapprochement entre l’orchestre et le Grand Théâtre se concrétise enfin. Une nécessité depuis longtemps désirée, tant les relations entre les deux institutions étaient tendues depuis l’ère bénie où Armin Jordan et Hugues Gall travaillaient en bonne intelligence.

Pour mémoire, les collaborations entre les deux grands interlocuteurs classiques genevois furent très chaotiques depuis 1995, alors que l’OSR a double vocation: symphonique et lyrique. Pendant cinq ans d’abord, Renée Auphan n’invita Fabio Luisi qu’une fois à diriger en fosse (Tosca). Jean-Marie Blanchard fit de même avec Pinchas Steinberg (Otello). Marek Janowski, lui, refusa de diriger à l’Opéra les sept ans de son mandat.

Quant à Neeme Järvi, il ne pouvait diriger qu’Eugène Onéguine la saison prochaine. Or il a finalement renoncé au projet, il y a un mois. En dix-sept ans, deux ouvrages seulement auront ainsi été dirigés par le chef titulaire d’une formation symphonique dévolue pour 40% à la scène lyrique.

Pour remédier à cette situation absurde, une nouvelle convention vient enfin d’être entérinée. Elle stipule que le prochain chef devra contractuellement diriger deux opéras par saison. Et pour la première fois, le directeur du Grand Théâtre se voit directement associé à la recherche d’un nouveau directeur musical et artistique de l’OSR.

Une décision que Tobias Richter ne peut que saluer: «Je suis d’autant plus sensible à ce fonctionnement que je n’ai rien demandé. Les nouveaux responsables de l’OSR (Henk Swinnen, directeur général, et Florence Notter, présidente de la fondation ndlr) m’ont spontanément invité à participer aux discussions sur les chefs pressentis à la succession de Neeme Järvi. L’excellente entente d’aujourd’hui survient après une période parfois problématique concernant les options de la précédente fondation. On ne peut que se féliciter d’un tel rapprochement.»

Cela pourrait-il aller vers des économies, décisions, voire fondations ou directions communes? «Chacun conserve son fonctionnement et son autonomie. Les accords conclus, s’ils ne sont a priori pas révisables, ne sont pas non plus gravés dans le marbre. Ils sont aussi destinés à évoluer selon les nécessités. Mais le plus réjouissant reste que la communication et la collaboration se font dans un état d’esprit très constructif et positif.»

Deuxième volet majeur des mois à venir: la nomination d’un nouveau directeur musical s’avère essentielle pour l’évolution tant artistique qu’internationale de l’OSR. Choix délicat car le profil s’avère complexe. Jeune pour l’implication, les idées et le dynamisme. Mais aussi expérimenté à l’opéra et assez réputé pour porter loin le nom de l’orchestre.

Pour la première fois de son histoire, la formation romande bénéficiera peut-être d’une saison sans chef attitré (2015-2016), afin de ne pas aller trop vite en besogne et de donner à tous le temps de se pratiquer. Dès la saison prochaine, il faudra donc étudier de près les chefs invités à diriger l’OSR. Dans la catégorie des retours sur l’estrade du Victoria Hall, Semyon Bychkov, très aimé des musiciens et du public, possède la réputation et l’expérience. Le Finlandais Osmo Vänskä, de la même génération, a remplacé haut la main Neeme Järvi pour la création du Concerto pour violon de Pascal Dusapin, en janvier passé.

Les doyens Eliahu Inbal et Charles Dutoit sont indéniablement les figures les plus charismatiques. Jesus Lopez Cobos fait aussi partie des seniors alors que le Vénézuélien et Genevois d’adoption Domingo Hindoyan pourrait faire figure de papable du haut de ses 34 ans et de sa récente nomination comme assistant de Daniel Barenboim à la Staatsoper de Berlin.

Parmi les nouveaux venus, il faudra aussi particulièrement surveiller le Britannique Jonathan Nott, au beau parcours (Intercontemporain, Bamberg, Tokyo) et l’Allemand Markus Stenz passé par Melbourne puis Cologne. Quant aux plus jeunes, le Vénézuélien Illyich Rivas se positionne en tête avec ses 19 ans, devant le Britannique Alexander Shelley et le Français Benjamin Levy, trentenaires affirmés. D’autres noms apparaîtront dans la saison suivante, et seront «testés» sur le vif…

Deux opéras seulement en 17 ans par les chefs attitrés de l’OSR: la situation absurde prend fin