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Le regard indomptable d’un poète soviétique

Dans un livre de souvenirs enracinés dans la Russie du début du XXe siècle, Anatoli Mariengof célèbre la poésie et ses hérauts, réfractaires à tout asservissement

L’Américain Ralph Waldo Emerson disait de Montaigne, dans son magistral hommage au lettré gentilhomme gascon: «Taillez dans la chair de ses mots et ils se mettront à saigner.» C’est le cas avec le livre de souvenirs d’Anatoli Mariengof (1897-1962), poète et écrivain soviétique, grand ami de Sergueï Essenine.

Mon siècle, ma jeunesse rappelle les grands témoignages de l’âge d’argent, cette période de foisonnement de la littérature russe au début du XXe siècle, tels ceux de Pavel Annenkov, de Zinaïda Hippius, d’Irina Odoevtseva: les mots sont tellement vivants qu’ils frétillent sur la page, jaillis du réel, tels des poissons dans l’eau du torrent. Mon siècle, ma jeunesse est à lui seul un manifeste d’universalité des cultures: tellement russe qu’il en devient universel, parce qu’on devient Russe en le lisant, comme Hebel le Bâlois vous fait entrer dans le monde rhénan avec son prodigieux almanach des Trésors de l’ami de la famille rhénane.