chronique

Vous regardez des séries sur téléphone? Tant pis pour vous!

OPINION. La polémique sur l’obscurité, jugée excessive par certains, du dernier épisode de «Game of Thrones» met en exergue la pratique de regarder les séries sur très petits écrans. Une barbarie culturelle, non?

Dans le petit monde des séries, ce fut la polémique de la semaine. Le troisième épisode de la 8e saison de Game of Thrones est-il trop sombre? Nombreux s’en sont plaints. D’autres leur ont répliqué qu’ils doivent changer leur TV. Un troisième camp a ricané, parce qu’une guerre sur une terre du Nord, de nuit, cela ne se filme pas avec la luminosité de Beverly Hills.

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Une partie de ce vigoureux débat vient d’un simple fait, la manie de regarder des séries sur téléphone. On les voit dans les bus, les trains, les avions: les nouveaux téléspectateurs de poche, qui s’escriment à suivre leurs feuilletons sur leur smartphone, oreillettes en bonne place.

Pourquoi pas?

Je devrais me réjouir de cette mode. Depuis des années, dans mes chroniques et articles, j’ai défendu une approche littéraire des séries. Dans cette forme de fiction, l’écriture domine la réalisation. Dès lors, l’importance du dispositif de visionnement devient relative. Qu’importe si les amateurs choisissent le très petit format, l’important est la narration.

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... mais franchement, c'est une barbarie

Pourtant, je ne peux m’empêcher de trouver cette manière de consommer les séries ingrate, voire barbare. Les producteurs et diffuseurs de séries n’ont jamais mis autant d’énergie et d’argent dans ce format, jusqu’aux 15 millions de dollars par épisode de Game of Thrones – entre autres, The Crown n’est pas loin. Et voilà que certains fidèles trouvent normal de découvrir cet extraordinaire déploiement d’efforts créatifs sur une pathétique diagonale d’écran d’une quinzaine de centimètres.

D’aucuns objecteront que, de longue date, les feuilletons TV ont érigé le gros plan comme un mode ordinaire de filmage; pourquoi se prendre le chou sur la taille de l’écran final? C’est ignorer l’évolution récente des séries, qui élargit nettement le spectre, aussi au niveau de la réalisation.

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C'est comme lire un roman sur des pages de 10 lettres

Regarder une série de qualité au moyen d’un téléphone portable revient à lire un roman sur des pages n’affichant que dix lettres, ou aller au Louvre contempler Mona Lisa avec une fenêtre de vue grande comme un timbre.

Les spectateurs qui s’adonnent à cette pratique au motif de leur irrépressible boulimie de fictions méprisent la montée en qualité des feuilletons. Dès lors, s’ils trouvent certains épisodes trop sombres, ou s’ils ont toute autre récrimination de ce genre, tant pis pour eux.

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