Conçue par deux hommes, l'exposition «Nu…» est dès lors vulnérable à l'accusation de machisme, ce qui n'a pas manqué d'arriver. Des sexes féminins explicites sur les grands formats d'Olivier Christinat, une verge magnifiée tel un menhir par Hugo Jäggi prêtent le flanc, si j'ose dire, à ce type de reproche.

Les deux compères du Photoforum ont toutefois aussi retenu un lot appréciable de nus pris par des femmes photographes, de la classique Gertrude Fehr à la crue Nan Goldin. A l'affût aussi bien des corps masculins que féminins, ces artistes donnent le change à leurs homologues masculins, ne leur cédant rien en dextérité plastique, charge érotique ou immersion fantasmatique, bien au contraire. L'exposition biennoise contient des propos aussi divers que l'essai anatomique d'Henriette Grindat sur la tête de minotaure du graveur Yersin ou la délicate suite de petits formats de Léonore Robert, qui enserre des nus féminins dans des chambres d'hôtel, entre miroirs et murs anonymes.

Toujours pour souligner cette diversité féminine d'intentions et de factures, l'itinéraire de l'exposition s'offre un détour par une pièce dédiée à l'artiste peintre biennoise Pat Noser. Celle-ci montre la genèse photographique d'une œuvre peinte, en l'occurrence une série d'autoportraits où elle pose nue, puis sa propre transfiguration picturale. Voire mythification, puisque Pat Noser invoque l'histoire antique de Léda et le cygne, mille fois racontée par les peintres classiques, qui trouvaient là prétexte à décrire des étreintes voluptueuses sans être (trop) censurés par l'Eglise.

Une censure qui partage avec le naturel la faculté de toujours revenir au galop. Nu… exhibe quelques-uns des éphèbes italiens amoureusement photographiés par le baron Wilhelm von Gloeden à la fin du XIXe siècle. Or une exposition des icônes gays de von Gloeden, qu'il diffusait pourtant de son vivant à une large échelle, a été récemment censurée en Italie…