France

Régis Debray contre Stendhal: la charge héroïque

L’essayiste dresse, dans un livre vigoureux et magistralement écrit, le procès en règle de l’auteur du «Rouge et le Noir». En réglant au passage ses comptes avec cette France dans laquelle il ne se reconnaît plus

Il fallait bien un vainqueur. Sollicité, comme d’autres intellectuels français, pour décider du nom de l’écrivain susceptible de figurer sur le fronton du futur pavillon de la République à l’Exposition universelle de 2020 (à Dubaï), Régis Debray n’a pas eu de peine à choisir. L’ex-révolutionnaire, émule jadis de Che Guevara dans les maquis d’Amérique latine, est un hugolien convaincu. Victor Hugo donc, «tête de liste et dans les cœurs», héraut d’une «France extravertie, debout, amie des rébellions, participant aux affaires du monde pour le meilleur et pour le pire». Mais voter ne suffisait pas. Régis Debray avait besoin d’un duel pour rendre plus éclatante la victoire de l’auteur des Misérables. Tel est l’objet, en 120 pages, de son Génie français (Ed. Gallimard).

Le duelliste que l’auteur oppose à l’imposant Hugo se nomme Marie-Henri Beyle, alias Stendhal, finaliste victorieux de cette compétition littéraire organisée par la respectée Société des gens de lettres par 56 voix contre 44. Pas question, pour Régis Debray, de se laisser impressionner par cette votation prétendument démocratique. Il lui faut une revanche hors des urnes. Stendhal? «Le caracolant des sondages élitaires, né à Grenoble en 1783, mort à Paris en 1842 […] porté par les vents ascendants d’un siècle impeccablement cynique et dépassionné.» Fermez le ban: l’auteur du Rouge et le Noir est une cible idéale. Amoureux d’une «Italie qui n’est pas celle des Mille, mais des comtesses. Les décolletés de la Diva sans les chemises rouges. La Scala sans les carbonari. Milan sans Palerme. La crème sans la pâte…»