Ils sont inusables, increvables, inoxydables. Et surtout, nous ne pouvons nous en séparer. Une petite chronique sur ces objets qui nous définissent.

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Un ordinateur préside aujourd’hui mon bureau, accompagné d’un téléphone, de quelques carnets et d’un pot à crayons. Trône aussi une longue règle perpendiculaire en acajou, aux bouts un peu usés, et même pas graduée. Quand je suis en manque d’inspiration, situation devenue plus fréquente avec la crise sanitaire, je la saisis comme une baguette magique qui va me sortir de cette mauvaise passe, et je rejoue une cérémonie de mes jeunes années: il s’agit de la poser parallèlement à la table parfaitement du premier coup, les deux côtés de la longue règle bien ensemble, en un pari de maîtrise de l’espace géométrique extrêmement satisfaisant, qui procure une sensation de plénitude rassurante et parfois fertile: souvent, je me remets à écrire.

Enfant, je l’avais repérée sur le bureau paternel, où elle était utilisée pour souligner les choses importantes sur de petites fiches en bristol, ou pour préciser les contours d’un projet en cours – une étagère, une maison de poupées. Quarante centimètres cubes d’acajou tout doux: dès que j’ai pu, je l’ai prise. Même à l’école, alors que, trop grande, elle dépassait de mon cartable. A la première égratignure sérieuse toutefois, elle est restée à la maison et n’en est plus sortie – une règle qui n’est plus parfaitement droite ne sert plus à grand-chose, n’est-ce pas? Et c’est le destin des règles en bois, elles subissent plus que leurs cousines de plastique ou de métal les chutes ou les attaques des cutters.