le temps des séries TV

Fromage corse

Un peu plus au sud. Ces temps, Plus belle la vie fête toujours ses dix ans à Marseille. Mais pour une nouvelle série policière, France 2 a visé un décor encore plus méridional, la Corse. Duel au soleil, qui démarre ce samedi 1er novembre sur la RTS, repose sur une traque du crime au milieu des paillotes, des terrasses flamboyantes et des villages pittoresques. Le spectacle est assuré par le commissaire Renucci (Gérard Darmon). Un vieux de la vieille, il va sans dire. L’apéro est sacré, le loup de mer pour le déjeuner aussi, et le pastis accompagne à merveille une instructive petite discussion à propos d’un suspect. Alors qu’un natif devait être promu dans l’équipe de la maison poulaga locale, voici qu’un nouveau est parachuté depuis Toulon. Ce Le Tallec avait collé les bœuf-carottes à son ancien chef. Il est Breton. Et Noir.

Ça fait beaucoup à avaler d’un trait, même pour des habitués de l’anisette. Pis, Le Tallec (Yann Gael) voudrait travailler à la pause déjeuner. Mais fait-on des coutumes? Durant le premier épisode, il se crispe face aux silences des indigènes. Renucci l’éclaire: «Ici, ne rien dire aux flics, c’est une tradition.» Puis le jeune blanc-bec, même pas blanc, s’interroge sur un éventuel conflit d’intérêts pour Renucci, car un cousin à lui trempe dans l’affaire évoquée en ce premier chapitre. Le vétéran l’affranchit: «Si à chaque fois qu’on croise un cousin sur un dossier, on doit s’en dessaisir, c’est la mort du flic corse.»

Et le malin Gérard Darmon, parigot jusqu’à la moelle, d’en rajouter avec les grosses rides de ses bajoues, celles qui lui donnent cet air de requin d’eau saumâtre. Pour compliquer un peu l’affaire, la procureure a fait venir Le Tallec avec une idée derrière sa jolie tête, lui faire découvrir les zones d’ombre du passé récent de Renucci. Ça corse.

Dans cette production soutenue notamment par l’organisme public Corsica pôle tournages, la somme de clichés atteint les cimes des montagnes locales, au moins. On ne s’en offusque même pas. Cela fait partie du cirque général de cette fiction oubliée à peine regardée. Non qu’elle soit mauvaise: elle occupe une fonction industrielle aussi précisément définie que les olives dénoyautées. Juste après le retour de l’heure d’hiver, elle ouvre la lucarne du service public à de généreux bains de soleil du sud. Les Corses tuent, les flics truandent, les criquets stridulent, et les chèvres malingres sont bien gardées.