Le Temps: On reproche à Vincent Baudriller, directeur du festival, d'avoir évincé le théâtre de texte au profit d'une nouvelle vague plus soucieuse d'images que de verbe. Déplorez-vous cette évolution?

Georges Banu: Certains critiques feignent de croire qu'il n'y a plus de texte. Mais c'est faux! L'intérêt de cette édition, c'est de confronter des metteurs en scène qui montent des pièces selon la tradition, et des créateurs qui construisent un univers scénique à partir de leurs visions. Notre mission est d'être ouvert à la qualité à l'intérieur de chaque option.

– Le corps nu est omniprésent dans les spectacles des maîtres flamands. Cela rappelle 1968 et ses élans libérateurs.

– Oui, mais le corps des acteurs du Living Theatre en 1968 était optimiste. Le corps d'aujourd'hui est traumatisé, déchiqueté. Mais il y a toujours cette même idée que la vérité passe par le corps, qu'en lui se sont réfugiées les dernières énergies, alors que les mots paraissent corrompus.

– Ce festival marque-t-il la fin d'un certain théâtre?

– L'histoire de l'art fonctionne par cycles. Après la grande époque du corps épanoui incarné par le Living, s'est imposé, avec le post-modernisme, le culte du texte, entre 1975 et 2000. Aujourd'hui, les plasticiens de la scène dominent. Mais le texte reviendra.